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L'Ecole Freudienne |
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L'écriture
des discours dans "Clinique des névroses"de
Solange Faladé. Le lecteur trouvera ici l'hommage à Solange Faladé prononcé par Emmanuel Koerner le 24 septembre 2004 à la Sorbonne au colloque " L'incidence des discours " . Le discours du psychanalyste et les autres.
Dans son
double séminaire, Solange Faladé nous fait saisir
la formation et les effets de trois des quatre
discours. Je vais vous présenter certains éléments
de cet enseignement, en hommage à sa mémoire. |
Ce départ et
cet appui dans un non-savoir, c'est ce qui s'écrit
dans le discours du maître, discours de
l'inconscient, ce discours sous lequel se trouve
le sujet de l'inconscient, sujet divisé. Sa
division, c'est "ce qui fait noeud". Ce noeud
restera opaque et ne pourra être retrouvé: il
contient un savoir dont nous ne savons rien,
savoir insu, inconscient. Il y a eu suture. Mais
tout le savoir su du sujet s'ordonnera autour de
cet insu qui en forme le cadre. |
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Il faudra
un
deuxième
appel
, car comme
la linguistique nous l'apprend, un signifiant ne
peut se signifier lui-même, et Lacan le définit
comme ce qui représente un sujet pour un autre
signifiant. Or cet autre signifiant ne peut être
pris comme les précédents, les S1, dans le corps
des signifiants de l'Autre. Car du fait de cette
opération, l'Autre a été décomplété, et cette
faille dans l'Autre doit être repérée, signifiée.
La psychanalyse ici diffère de la linguistique. Il
y a donc un appel pour un autre signifiant, et si
une réponse est entendue, un pur signifiant qui ne
représente aucun sujet, le Nom-du-Père, sera
inscrit dans la chaîne pour signifier ce manque,
S(A barré), manque qui se révèle lié au
pas de
pénis
de la mère et
à la différence des sexes. A partir de là, un
signifiant particulier appelé S2, à qui aucun
autre signifiant ne permettra d'être signifié mais
qui donnera sens à tous les autres, pourra être
prélevé au champ de l'Autre sur l' "être de
l'organisme", pour un savoir marqué du refoulement
originaire, un savoir qui ne reviendra pas, qui ne
se saura pas, qui va échapper à tout jamais. Ce S2
ne peut être connu. La relation S1->S2
schématise la structure de l'inconscient et sépare
psychanalyse et linguistique. |
Ainsi s'écrit
le discours de l'inconscient ou discours du
maître, avec ses quatre termes. |
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Le savoir insu et la phobie. |
Ce temps de
l'angoisse, c'est le temps du deuxième appel,
appel au père. Hans demande à ce père de se
montrer comme qui peut mordre, comme qui peut le
battre. Sous les fantasmagories, c'est le fantasme
fondamental -
un enfant
est battu
- qui
s'articule, dans lequel le fouet du père est à la
fois le signe que le père l'aime et aussi ce dont
les marques détermineront la propre jouissance de
Hans par le masochisme primordial. Mais le contenu
de ce fantasme, la castration, ne peut se dire. Le
refoulement originaire opère avec ce qui de la
demande ne reviendra jamais, ne pourra être
repris. |
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Le désir n'a
rien à voir avec la demande. Il est impossible de
tout savoir sur son désir, qui est articulé dans
l'insu. Il n'est pas dicible. Articulé, il n'est
pas articulable, dit Lacan. C'est la condition de
tout sujet du discours. Il ne pourra y avoir
reconnaissance du désir au cours d'une
analyse. |
L'obsessionnel
est sujet de l'inconscient. Son "modèle", dit
Lacan, c'est l'homme, et son discours le discours
du maître, discours de tout sujet de
l'inconscient. Cela signifie qu'il n'a pas de
discours propre. Ce qui le caractérise c'est la
difficulté à écrire ce discours du maître. Solange
Faladé met en exergue à cette première année sur
la
Clinique
une phrase
tirée du séminaire -D'un Autre à l'autre -
:"l'obsessionnel
est celui qui refuse de se prendre pour un
maître". |
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L'HR avait
observé que sa mère annonçait régulièrement
qu'elle allait devoir s'aliter, ce qu'elle faisait
effectivement le moment venu, mais jamais plus
tard, lorsqu'il avait tous les éléments pour
comprendre, il n'a dit que sa mère avait alors ses
règles. Il avait eu l'occasion de voir et de
toucher le sexe de sa gouvernante, mais jamais
dans l'observation il n'a fait savoir que les
femmes, et par conséquent la mère, n'avaient pas
de pénis. |
Puisqu'il ne
veut rien savoir du S2, il ignore la différence
sexuelle. Il a bien le savoir inconscient de cette
différence: on l'a vu à propos de la gouvernante
de l'HR, et on le retrouve avec l"'Homme aux
loups" qui dans sa petite enfance a assisté à un
coït
a
tergo
de ses
parents. Ni homme ni femme, l'obsessionnel parle
de lui-même comme d'un
baby
(cela
s'entend sur le divan), terme qu'à bon escient la
langue anglaise met au neutre. Mais il se pose la
question de son sexe qui lui fait embarras. Il
fait savoir ainsi que l'acte sexuel n'est pas ce
qui permet au sujet d'avoir quelque certitude sur
son sexe. |
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Soumis au
choix forcé de l'aliénation, il choisit l'être
(dans le cogito psychanalytique il est du côté
du
je ne
pense pas
, évitant
le
je ne suis
pas
) et pour
sauver cet être, il veut être maître de son être
en refusant cette perte qui est de l'ordre du
refoulement, même si elle s'impose à lui (il n'est
pas amnésique comme l'hystérique). Il refuse aussi
de perdre le
"a
", car la
chute du
"a
" est liée à
la conjonction SI->S2. |
Le
"a
" est alors
pris dans le mouvement de la pulsion. Chez
le
baby
précisément,
la pulsion, par exemple la pulsion orale, au
moment où elle naît, n'a pas affaire avec l'Autre.
Elle se met en place quand il manque, quand il
disparaît, avec l'autoérotisme. Le sujet de la
pulsion est acéphale (au lieu du
je ne
pense pas
, la négation
porte sur le
je
, le sujet
est le
ça
). On est
dans le champ de l'Autre, mais l'Autre est
éliminé. Tournant autour d'un vide, la pulsion
concerne ce qui de l'Autre manque; il y a boucle,
appel tournant autour d'un vide qui pourra loger
le rien que sont les objets
"a
" (cf. Lacan,
Livre XI du Séminaire). C'est pourquoi les objets
de la pulsion sont identifiables chez le névrosé,
et en particulier l'obsessionnel. Ils permettent
la sublimation, destin ou vicissitude de la
pulsion. Léonard de Vinci, dit Solange Faladé, est
un obsessionnel et non pas un pervers, comme le
montre l'importance des pulsions partielles et de
la sublimation dans son tableau clinique. Chez
l'HR c'est la pulsion du regard. En général on
relève les pulsions agressives, la relation
destructive à l'Autre, l"'hainamoration", et le
risque de passage à l'acte qui peut conduire au
suicide. |
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L'affrontement
avec le père est éludé chez l'HR et la haine du
père est méconnue de lui. |
Le "a" ne
jouera pas dans le fantasme mais dans la pulsion.
Par son voyeurisme l'HR satisfait avec le "a"
regard son désir impossible qui ne pourrait se
satisfaire dans la conjonction du fantasme. |
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Le
discours de l'hystérique et le discours de
l'analyste. |
Ce nouveau
quart de tour institue le discours de l'analyste.
C'est le S barré qui doit apporter le savoir, mais
pas celui que le sujet hystérique aurait voulu
faire dire à Freud. En pivotant, les termes
reçoivent des usages différents. Dans le discours
de l'analyste il s'agit d'un savoir dans cette
position où il est marqué de vérité: |
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Ce "je ne
suis pas" se traduit dans le discours de
l'hystérique par la place du savoir: il n'est pas
en position de vérité. Le savoir demandé, de type
scientifique, n'est pas le bon. |
L'hystérique
pose la question de son "existence ineffable et
stupide" en fonction du discours au lieu de
l'Autre, l'inconscient de son père. Qu'est-ce
qu'une femme fait, pour ce qui est de la
jouissance, avec un homme? La séduction par le
père, à laquelle Freud avait cru un moment,
correspond à cette phrase que toute fille, pour
trouver son assise, doit avoir entendue dans
l'inconscient de son père: "tu auras un enfant de
moi". C'est ce qui permettra plus tard à cette
fille d'avoir un enfant d'un autre homme. |
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En ce lieu du
père précisément, où il y a le corps des
signifiants, au lieu de l'Autre qui permet aux
signifiants de prendre sens (S2, NdP) il n'y a
rien sur le rapport entre les sexes, et pas non
plus de signifiant pour dire ce qu'est une femme
ni que la femme existe. C'est le drame de
Dora. |
La question
de l'hystérique est: qui suis-je? Homme ou femme?
Elle ne sait rien de l'Autre sexe. Elle ne veut
pas accepter qu'il n'y a pas de signifiant de La
femme. Puisque le père ne peut dire ce qu'est une
femme, Dora se tourne vers Mme K., la maîtresse de
son père: elle doit bien savoir puisqu'elle
satisfait ce père. A la manière du paranoïaque,
Dora croit à ce A non barré: Mme K. ou la Madone
de Dresde. "L'hystérique croit que La femme sait
ce qu'il faut pour la jouissance de
l'homme"(
D'un Autre
à l'autre
, 18.06.69
). L'hystérique dont le modèle est la femme se présente donc comme $, sujet placé sous le discours du maître, côté homme. C'est ce paradoxe qui a permis à Freud de découvrir et de d'écrire l'inconscient, et de savoir ce qui du côté homme supplée au "pas de rapport sexuel": le fantasme fondamental, cette relation que le sujet a tissée avec le "a" qui vient se placer devant la béance, devant ce qui manque au sein du S(A barré). C'est en tant qu'objet que la femme va soutenir ce fantasme. |
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Mais
l'hystérique s'emploie à ce fantasme en tant
qu'homme: elle "âme" et "âme son âme". Lorsqu'elle
aime un homme, elle s'aime elle même. On est du
côté du même, côté homme, mais pas comme
l'obsessionnel qui ne fait pas avec le désir de
l'Autre. Car si l'hystérique refuse d'être "a",
elle n'en a pas moins son narcissisme et fait avec
la mascarade. En tant que désirable, parce qu'elle
est dans la dimension de la castration, elle peut
répondre au désir de l'Autre dans le fantasme.
Elle doit s'assurer qu'elle est désirable. Lucy a
joué de la séduction. Et elle s'effondre quand
elle ne peut plus être pour son patron ce "a"
qu'elle refuse pourtant d'être... |
II est vrai
que tout sujet, garçon ou fille, est confronté, en
tant que S barré, à ce vide qui occupe la place de
l'objet perdu, au désir de la mère, à son propre
vide "qui le creuse lui-même puisqu'aucun
signifiant ne peut le représenter". Mais la fille
est confrontée toute sa vie à ce vide d'une façon
très particulière, car il n'y a de signifiant de
la femme ni chez la mère ni chez le père. II lui
faudra prendre appui sur le phallus du côté homme
pour que S(A barré) puisse s'inscrire du côté
femme, mais puisqu'il n'y a pas de signifiant de
la femme, elle n'a pas de signifiant à refouler.
Pour elle, il reste de l'innommable. Elle n'est
pas du côté de l'inconscient. Ce S(A barré), sans
lequel le S2 ne peut s'écrire ni le S1 représenter
le sujet, "ce n'est pas rien que ce soit du côté
femme qu'on le trouve." |
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Ce rien à
l'horizon, elle le bouche avec le regard. Elle
pose les restes de jouissance sur ce qu'elle ne
peut pas voir. Portée par un désir sans demande
phallique, un pur désir, désir de mort, entre deux
morts, elle jouit jusqu'à en mourir. De cette
jouissance radicalement Autre, on ne peut dire
presque rien, mais elle se vit, elle est
ressentie, et on peut en entendre quelque
chose. |
Donc
l'hystérique permet de saisir ce qu'est le désir
(désir de l'Autre et désir insatisfait) et la
jouissance (phallique mais aussi Autre): ces deux
points la séparent tout-à-fait de
l'obsessionnel.
Partie de la
considération des discours, Solange Faladé nous
conduit vers une clinique qui prend en compte la
relation à la Chose(1). Du savoir insu au vide de
la Chose, tel est le chemin que nous proposent ces
deux séminaires. |
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