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Questions
cliniques autour de la structure de Camille
Claudel par Laurence Levy
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«Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente» Camille Claudel
Questions cliniques autour de la structure de Camille Claudel Laurence Levy
«II y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente » Cette phrase saisissante qui est gravée au dessus de la porte cochère du 19 quai Bourbon dans l’île Saint Louis fut écrite par Camille Claudel dans une lettre adressée à Auguste Rodin. Cette lettre n’est pas datée. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de la plupart de ses lettres. Les biographes tels que Reine Marie Paris, petite nièce de Camille Claudel et Jacques Cassar, historien, situent cette phrase vers 1897. Camille est âgée de 33 ans. Sa maladie n’est pas encore clairement établie mais des doutes s’installent. Dans son entourage proche, on s’inquiète. Quatre ans auparavant elle s’était séparée de Rodin puis il y eut des retrouvailles vers 1897 à l’époque de cette lettre. C’est deux ans plus tard, en 1899 que leur séparation fut définitive. Quelle est donc cette absence dont parle Camille Claudel ? S’agit t’il de l’absence de son amant Auguste Rodin ? Sûrement. Dans cette même lettre elle écrit : « Il me semble que je suis si loin de vous ! Et que je vous suis si étrangère ». L’amour de Rodin lui semble différent. Elle est loin de lui et n’est plus portée de la même façon par cet amour là. Elle se sent étrangère à lui et peut-être aussi un peu à elle-même. L’absence, c’est aussi celle de ses parents? Elle ne les voit plus depuis qu’ils ont appris sa liaison avec le célèbre sculpteur Auguste Rodin. Il s’agit peut-être aussi de l’absence de son frère Paul qui pour des raisons professionnelles s’est éloigné de Paris. Or l’on connaît les forts liens affectifs qui les unissent. Mais n’évoque t’elle pas surtout, dans cette absence, cette étrangeté, telle un poète, quelque chose concernant le vide du sujet barré et divisé qu’elle est c'est-à-dire son manque, un savoir dans le Réel, quelle tente de symboliser évoquant ainsi sa castration ? Introduire l’idée d’une tentative de symbolisation du S A barré amène à situer Camille Claudel, quant à sa structure ,du coté de la névrose. Or Camille Claudel fut « étiquetée » du diagnostic de psychose paranoïaque. En 1913 elle est âgée de 49 ans et est internée à l’asile de Ville Evrard à la demande de sa mère et de son frère. Les médecins de l’asile déclarent dans leurs certificats médicaux que « mademoiselle Camille Claudel est atteinte de délire systématisé de persécution basé principalement sur des interprétations et des fabulations ……. Elle se dit victime des attaques criminelles d’un sculpteur célèbre et de sa bande, la bande à Rodin, lesquels se sont emparés des chefs d’œuvre qu’elle a créés et ont cherché à l’empoisonner comme ils l’ont fait d’ailleurs pour d’autres personnes », son père notamment. Sept ans auparavant en 1906, Paul Claudel avait écrit dans son journal « A Paris, Camille folle, le papier des murs arrachés à longs lambeaux, un seul fauteuil cassé et déchiré, horrible saleté. Elle, énorme et la figure souillée, parlant incessamment d’une voix monotone et métallique ».p 2O7 En 1980, deux médecins, le Docteur Allilaire et le Docteur Lhermitte qui ont participé à l’ouvrage de Mme Reine Marie Paris, définissent et argumentent leur diagnostic de psychose paranoïaque. Je me propose, un peu audacieusement, j’en conviens, de remettre en question ce diagnostic. L’intervention de Marie Lise Lauth lors du colloque de novembre 2002 intitulée « Du père » d’une part et d’autre part un travail dirigé par Alain Molas , centré sur la question du ravage mère-fille m’ont conduite à tenter de remettre en question ce diagnostic de psychose. Pourquoi ? Parce que d’une part Marie Lise Lauth nous fait entendre à partir d’une lecture d’une sculpture de Camille Claudel intitulée « L’âge mûr » que Camille serait du coté de la névrose hystérique. Et d’autre part parce que Alain Molas, dans le cadre de la névrose nous a orienté vers une lecture du ravage mère fille centrée sur la question que pose la jeune fille hystérique au lieu de l’Autre «Qu’est ce qu’une femme ?» : Puisque aucun signifiant ne vient dire ce qu’est une femme, puisque aucun signifiant ne vient dire le rapport sexuel, la fille ne peut trouver auprès de sa mère lieu de l’Autre, de réponse à sa question. Le père n’a pas plus le signifiant qui manque au grand Autre. Mme Faladé nous enseigne que la relation avec le grand Autre est pour la fille marquée de l’insatisfaction. Il m’a semblé trouver là des éléments pour tenter de mieux saisir le cas Camille Claudel. Nous y reviendrons mais avant de poursuivre je voudrais vous donner quelques repères biographiques et vous faire part de certaines précautions que j’ai prises pour ce travail. Mathias Morhardt, son premier biographe, collectionneur contemporain de Camille Claudel, et par ailleurs le plus fidèle défenseur de son œuvre nous servira de guide. Camille Rosalie Claudel est champenoise. Elle naît le 8 décembre 1864 à Fère en Tardenois. Ses parents Louis Prosper Claudel et Louise Athanaïse Cerveaux se sont mariés deux années auparavant le 2 février 1862. Sa naissance succède à celle de Charles Henry Claudel né le premier août 1863 et décédé 16 jours plus tard. Camille Claudel devient donc l’aînée de la fratrie, marquée de ce deuil dont nous ne disposons d’aucune trace écrite pour connaître la façon dont il a été vécu par les parents Claudel. Deux ans après la naissance de Camille, naît Louise Claudel. Puis en 1868 naît Paul Claudel Tous les témoignages de l’époque de l’enfance de Camille Claudel établissent avec certitude son tempérament énergique voire violent, sa volonté tenace, voire féroce associée a une imagination exceptionnelle, et un génie furieux de la raillerie. De plus elle est belle, d’une beauté triomphale selon son frère Paul. Reine Marie Paris écrit « enfant déjà, elle ne doutait nullement de son génie ». « Orgueilleuse, Camille Claudel l’était ». Mathias Morhardt témoigne : «Tout enfant, elle a commencé à modeler avec acharnement sans qu’un évènement ou une influence déterminante puisse être attribués aux sources de son infatigable activité. Père, mère, frère, sœur sont tour à tour condamnés à poser. Alors qu’elle n’a reçu aucune leçon, aucun conseil elle s’attaque audacieusement au sujet vivant ». L’ambiance familiale est particulière. Paul Claudel écrit : «Tout le monde se disputait dans la famille : mon père et ma mère se disputaient, les enfants se disputaient avec leurs parents et ils se disputaient beaucoup entre eux ». Les enfants Claudel grandirent dans un environnement austère, souvent dramatique… Confrontés aux fréquentes colères du père, les enfants ne trouvaient que très peu de réconfort auprès de leur mère qui selon Paul ne les « embrassait jamais ». Entre 12 à 15 ans Camille sculpte des œuvres intéressantes, un Bismarck, un Napoléon et un David et Goliath, oeuvres qui seront , quelque temps plus tard, remarquées par le sculpteur Alfred Boucher. Mathias Morhardt écrit : «Le Bismarck avait, selon la logique de son âme enfantine, une physionomie terrifiante, une figure extraordinairement tragique et fatale » et à propos du David et Goliath « le petit groupe biblique a une incontestable noblesse d’allure. Le jeune David surtout est splendide….il triomphe dans un superbe élan d’enthousiasme et de victoire. Ces premiers essais attestent tant au niveau du mouvement qu’au niveau du modèle, une fougue indomptable. ! » Rappelons qu’a cette période, Camille Claudel n’a reçu aucun enseignement de dessin ni de modelage. Une autre passion l’occupe, la lecture. Elle se passionne pour Goethe, Shakespeare, Victor Hugo. C’est, semble t’il, Alfred Boucher qui convint les parents Claudel d’autoriser leur fille à suivre des cours à Paris. En 1881, Camille Claudel a 17 ans, la famille s’installe au 135 boulevard du Montparnasse. Elle suit les cours de l’académie Colarossi. Selon Mathias Morhardt, Paris, « c’est, pour Camille la liberté de travailler, c’est la possibilité d’apprendre le métier… d’être l’artiste qu’il faut qu’on soit sans se préoccuper des voisins qui regardent par dessus le mur du jardin ! Paris, c’est le rêve enfin réalisé ». On note cette préoccupation à l’endroit des voisins. L’a-t-il entendu de la bouche même de Camille ? Peut – être !. L’année suivante, elle loue un atelier avec trois autres élèves de l’Académie. Elle rencontre grâce à Alfred Boucher, Paul Dubois alors Directeur de l’Ecole Nationale des Beaux Arts. Paul Dubois est surpris par l’originalité de son travail et interroge Camille : «Vous avez pris des leçons avec Monsieur Rodin ? » Avant de rencontrer Auguste Rodin, elle a déjà réalisé de belles œuvres, le buste de la vieille femme dit encore la vieille Hélène et Paul Claudel à l’âge de 13 ans. Ces œuvres affirment une maîtrise déjà stupéfiante. C’est au cours de l’année 1883 que Camille rencontre Auguste Rodin. Elle a à peine 20 ans, Rodin 45 ans. Lui vit avec Rose Beuret, sa compagne et la mère de son fils Auguste. Selon Mathias Morhardt « Rodin reconnut immédiatement les dons éclatants de la jeune artiste de qui l’image, les magnifiques yeux bleus sombres au regard illuminé, captivèrent bientôt son cœur d’homme ». Camille n’a pas hésité a voir en lui un maître. Elle entre dans son atelier peu de temps après et devient rapidement son modèle, sa collaboratrice et sa maîtresse. En 1888, Rodin loue un atelier, « la Folie Neubourg » pour y travailler et partager la plupart de son temps avec elle qui a alors 24 ans. En 1893, 10 ans après sa rencontre avec Rodin, elle cesse toute cohabitation avec lui sans rompre tout à fait. Elle se cloître dans son domicile transformé en atelier, décrit comme la cour des miracles par Mathias Morhardt. Elle a à peine 30 ans. En 1895, Camille Claudel fait don au musée de Châteauroux de son œuvre en plâtre intitulée Sakountala. Cette œuvre fait l’objet de débats terribles dans la presse locale. Camille est autant calomniée qu’encensée. C’est aussi cette année là qu’elle obtient, enfin, une commande de l’Etat pour l’Age Mûr. En 1897, elle expose au Champ de Mars, son succès est incontestable. Elle a à peine 35 ans. En 1899, elle rompt définitivement avec Rodin après 15 ans de relations houleuses et s’installe au 19 quai Bourbon. C’est aussi en 1899 que l’Etat annule sa commande de l’Age Mûr sans en mentionner les raisons. Il semble, selon ses biographes, que Rodin y soit pour quelque chose. De 1900 à 1906, elle expose dans différents Salons. Ses œuvres font l’objet d’un enthousiasme quasi unanime. En 1905, une œuvre de Camille Claudel, Clotho, en marbre, qui devait être exposée au musée du Luxembourg disparaît. Rodin reçoit des lettres injurieuses de Camille. Trente ans plus tard, Mathias Morhardt s’interrogeait encore du devenir de cette sculpture. A ce jour, elle n’a pas été retrouvée. En 1906, elle s’isole et détruit toutes ses œuvres. Paul Claudel est bouleversé par le mal qui ronge sa sœur. Il écrit un article « Camille Claudel statuaire ». Il y défend les œuvres de Camille en les distinguant radicalement de celles d’Auguste Rodin. Le 2 mars 1913, meurt le père de Camille Claudel. Elle a 49 ans. Deux jours plus tard, le 4 mars ont lieu ses obsèques. Mais Camille n’est pas à l’enterrement. Elle n’a même pas été prévenue de sa mort. Comment comprendre un tel silence. Fait-elle si peur que ni sa mère, ni sa soeur ni son frère n’ose se retrouver en sa présence ? Où plutôt, lui fait on payer, cher, son lien si particulier à son père ? Le 6 mars, Paul Claudel et Louise, sa mère, sollicitent le Docteur Michaux pour obtenir un certificat médical nécessaire à son internement dans une maison de Santé. Huit jours après le décès de son père, Camille Claudel est internée à Ville Evrard. Paul Claudel note dans son journal : « Camille mise à Ville Evrard le 10 mars au matin. J’ai été bien misérable toute cette semaine ». « Il a fallu intervenir [.. [ et en voilà pour trente ans ». Une campagne de presse se déchaîna contre les Claudel. Camille est transférée 6 mois plus tard à la Maison de Santé de Montdevergues près d’Avignon car Ville Evrard est évacuée en raison des menaces de guerre. Puis elle tombe dans l’oubli. Seize ans plus tard, en 1929 sa mère meurt. Camille est âgée de 65 ans. En 1934, Elle est l’invitée d’honneur du Salon des Femmes Artistes Modernes qui présente une rétrospective de son œuvre. Camille Claudel internée ne s’y rendra pas. Elle a 70 ans. Elle meurt à 79 ans le 19 octobre 1943 à Montdevergues et elle est enterrée au cimetière de Montfavet dans la partie réservée à l’hôpital de Montdevergues mais il n’y a pas de tombe. S’agit-il d’une négligence de son frère et de sa sœur ? Certes, nous sommes en 1943 en pleine guerre. Cependant, l’on peut être surpris par si peu de précaution concernant les conditions de son inhumation. En 1947 Paul Claudel demande l’exhumation de sa sœur pour lui offrir une sépulture plus digne de la grande artiste qu’elle était. C’est en 1962 que Pierre Claudel, fils de Paul Claudel, recevra une réponse du bureau des cimetières de la mairie d’Avignon : «J’ai le regret de vous faire connaître que le terrain en cause a été repris pour les besoins du service, les renseignements concernant la famille de la défunte n’ayant pas été fournis au service du cimetière » ; Les restes de Camille Claudel se mêlent pour toujours à la terre commune. On peut se demander, simplement : qu’a-t-elle fait pour mériter un tel destin ? Le travail que je propose va s’appuyer exclusivement sur sa correspondance, sur celle aussi de ses proches, de Rodin et sur différentes lettres d’artistes, critiques d’art, collectionneurs, qui l’ont connue. Il est à savoir que si Camille a beaucoup écrit, nombre de ses lettres ont disparu, des lettres adressées à ses parents notamment mais surtout celles adressées à Auguste Rodin. Reine Marie Paris nous informe qu’« aux archives du Musée Rodin, hormis quelques lettres rescapées, il existe une large enveloppe portant de la main de Rodin « Cas Camille Claudel ». Cette enveloppe est vide, c’est à croire écrit-elle comme Camille, qu’une conspiration s’est tramée contre elle et la poursuit toujours ! Les correspondances de Camille Claudel ne sont que des écrits et non des dires. Il nous faudra donc rester très prudente sur ce qui suit. Par ailleurs, Camille Claudel a très peu écrit sur ces œuvres à l’exception de l’Age Mur. C’est son frère Paul qui s’est fait le principal traducteur et interprète de ses sculptures. Ce qu’il en témoigne est passionnant mais nous ne disposons d’aucun retour de sa sœur sur la façon dont il a pu lire sa sculpture. Qu’en aurait dit Camille ? Dans son séminaire sur l’Identification, Solange Faladé nous enseigne que ce avec quoi nous avons à travailler se réfère exclusivement aux signifiants qui ont à voir avec l’articulation langagière. Du coté de l’art, certes il y a du signifiant, du S1 qui est du coté de l’identification primordiale, Idéal du moi, signifiant qui représente ces formes qu’on nous présente. Mais ce sont des signifiants qui ne sont pas langagiers. Elle ajoute « c’est pour ça qu’on ne voit pas pourquoi on voudrait faire l’analyse d’un tableau ». Suivant ses pas, nous n’utiliserons donc que très peu les œuvres de Camille pour étayer notre propos. Alors qu’en est il des délires de persécution et d’empoisonnement de Camille Claudel ? A propos du cas Dora, jeune fille hystérique, Jacques Lacan dans son séminaire sur les psychoses » nous dit ceci : « L’histoire, vous le savez est celle …de quatre personnages, Dora, son père, Monsieur K et Madame K. Monsieur K sert en somme à Dora de moi, pour autant que c’est par son intermédiaire qu’elle peut effectivement soutenir son rapport à Madame K. Si ce médiateur est essentiel au maintien de la situation …. C’est qu’elle a avec son père les relations les plus profondément motivées, d’identification et de rivalité ». Le père de Dora s’est détourné de sa fille. Il se fait entendre désirant à l’endroit de Madame K. Dora n’est plus soutenue telle qu’elle l’était par son père avec qui elle avait une relation toute particulière. Elle se tourne alors vers Monsieur K, qui se montre désirant à son égard et aussi à l’égard de toutes les femmes donc raisonnablement aussi à l’endroit de sa femme Madame K. Dora va s’identifier à Monsieur K . C’est par lui qu’elle va pouvoir poser sa question de sujet hystérique qu’elle est « Qu’est ce qu’une femme ? » interrogeant ainsi le S A barré c'est-à-dire ce qu’il en est de sa castration. Mais à partir du moment ou Monsieur K dit à Dora « ma femme n’est rien pour moi », Dora décompense. Si Madame K n’est rien pour Monsieur K, que peut elle être, elle, pour Monsieur K ? A sa question concernant sa place de sujet divisé, il n’y a plus de réponse possible au lieu de l’Autre. Dora décompense, elle revendique, « elle affirme que son père veut la prostituer et la livrer à ce Monsieur K, en échange du maintien de ses relations ambiguës avec la femme de celui-ci ». Lacan interroge, toujours dans le séminaire « Les Psychoses » : « Vais-je dire que Dora est une paranoïaque ? Il répond « Je me suis refusé à porter le diagnostic de psychose pour une raison décisive, c’est qu’il n’y avait aucune de ces perturbations qui font l’objet de notre étude cette année et qui sont des troubles dans l’ordre du langage ». Il poursuit : «Il ne suffit pas d’une revendication contre des personnages censés agir contre vous, pour que nous soyons dans la psychose. Pour que nous soyons dans la psychose, il y faut des troubles du langage ». Qu’en est il de ces troubles chez Camille Claudel ? Aucun des certificats médicaux dont nous avons connaissance ne témoigne de troubles de cet ordre. Pourtant du 10 mars 1913 à la mort de Camille Claudel, un bilan de Santé quasi mensuel a été inscrit dans le dossier médical, ainsi que la loi l’exige. Pas une seule fois, nous ne pouvons lire quelque chose qui puisse s’y apparenter. Pas une seule de ses lettres n’en témoignent. Une seul remarque de Paul Claudel, en 1906 nous fait tendre l’oreille : « A Paris, Camille folle, …, parlant incessamment d’une voix monotone et métallique ». Que dit-elle ? Nous n’en savons rien. C’est sa voix qui étonne et dérange mais son discours ne semble pas renvoyer à des altérations du langage. Nous ne pouvons éliminer totalement, sur ces seuls constats, l’hypothèse d’une structure psychotique. d’autant que nous savons aujourd’hui que cette structure peut se révéler sans troubles du langage mais il m’a semblé, en fonction d’éléments biographiques pouvoir repérer des effets spécifiques de la structure hystérique. C’est ce que je vous propose de discuter. Dans « Clinique des névroses, » Solange Faladé nous enseigne qu’au moment ou l’infans devient sujet barré, au moment ou se met en place le grand Autre, l’infans va être confronté avec un vide, son propre vide, ce qui le creuse lui-même. L’infans, qui accède à la parole, « demande » à retrouver le premier objet de jouissance à la place où il l’attendait pour sa satisfaction. Or il ne le retrouvera pas. Le premier objet qui a marqué la jouissance (satisfaisante ou non) au lieu de l’Autre est perdu. A cette place il trouve un vide, le vide du sujet barré qu’il est. Au cours du deuxième appel au grand Autre, pour que le deuxième signifiant puisse s’écrire le sujet (parlons de la fille) va être confrontée au désir de la mère mais aussi au fait qu’elle manque de quelque chose. La mère n’a pas de signifiant qui permette de dire « ce qu’est une femme ». Alors elle vit ceci (je reprends les dires de Madame Faladé) : « Ce à quoi elle a à s’identifier venant de la mère ne renforce pas ce qui a marqué le sujet qu’elle est. Elle se tourne vers son père, véritable transfert analytique pour prélever un trait de celui-ci. C’est le père qui fait savoir, par la métaphore paternelle, qu’en ce lieu était le premier objet de jouissance et qu’à tout jamais, pour le sujet ce lieu sera évidé de l’objet. C’est par le Nom du père que sens est donné au désir de la mère, mère, qui va et qui vient et qui laisse entendre qu’elle est intéressée par autre chose que son enfant et que ce quelque chose concerne le père. Nous irons voir du coté des parents de Camille Claudel ce que nous pouvons en dire. « Mais le père n’a pas plus que la mère le signifiant qui vient dire ce qu’est une femme ». C’est par le signifiant phallique, signifiant du désir, que la femme trouve se qui va la soutenir comme sujet barré et divisé. Elle ne peut se saisir comme effet de signifiant qu’autour du signifiant phallique. Ce signifiant est ce qui permet que sens soit donné au vide de la Chose, et aussi au manque de la mère et au désir de celle-ci. Autrement dit, c’est de l’amour du père que la fille prend appui pour que du sens soit donné au sujet qu’elle est. Nous essaierons d’éclairer quelques pistes de reflexion autour de l’amour de Louis Prosper Claudel à l’endroit de sa fille. Si l’on reprend les formules de la sexuation, l’hystérique fait tout pour s’inscrire du coté homme (via l’amour, via le transfert) ; elle cherche à être sujet. Mais si la femme cherche a être sujet du coté homme, pour autant le phallus ne la définit pas toute : elle est aussi en relation avec le S A barré ( il n’y a pas de signifiant pour dire la femme), signifiant qui a à voir avec la vérité, c’est ce que signifie dans les formules de la sexuation « il n’en existe pas une qui dise non à la fonction phallique ». Du coté de SA barré la barré femme est confrontée au réel de sa condition d’être châtrée. Solange Faladé écrit : «Dès le départ, ce qu’elle a, c’est un trou et de ce coté là, une femme à un rapport particulier qui peut se traduire par une psychose ». Au moment où s’installe son délire,Camille Claudel ne se situe t’elle pas de ce coté là, du coté femme, à la fois en tant que déchets , du coté du masochisme et en relation avec le SA barré car elle a le signifiant qui permet que tous les signifiants puissent représenter le sujet pour un autre signifiant ?. Revenons à la jouissance phallique. Madame Faladé nous dit : «On peut saisir qu’il y a pour une fille quelque chose qui là, ne peut pas être pardonné à la mère ». Le grand dam imaginaire est qu’ « une fille presque toujours pense qu’elle a eu le pénis, elle pense que si pour une raison quelconque ce pénis n’est pas arrivé à la taille qu’il devrait avoir, il pourra un jour pousser, devenir grand ». La fille se vit d’avance comme châtrée mais pas comme différente du garçon. Freud nous dit « qu’il y a un sexe, le sexe mâle et puis les châtrées, les filles mais il n’y a pas de sexe féminin ». Et dès que la mère fait connaître sa faiblesse, chute de sa toute puissance, la fille devient phobique face au réel de la mère. La fille a du mal à ne pas savoir que sa mère n’est pas mieux lotie qu’elle. Le plus souvent elle vit sa mère comme ayant cet objet qui lui manque et c’est parce qu’elle la vit ayant cet objet qu’elle espère qu’un jour il en sera de même pour elle. C’est autour de cette blessure, concernant d’une part ce trou au lieu de l’Autre et d’autre part ce Réel du corps de la mère que le ravage mère fille se circonscrit et que les reproches affluent entre mère et fille. La fille lui en veut, elle a du mal à ne pas savoir que sa mère est ainsi faite. Nous aborderons la relation de Madame Claudel avec ses filles Camille et Louise. Ce qui est reproché à la mère mais aussi ce qui a été vénéré (sa toute puissance) est refoulé. La fille se tourne complètement vers son père. Hélène Deutsch traduit ce transfert ainsi : « Je ne suis pas châtrée, mais j’accepte de l’être par mon père ». C’est une autre façon, me semble t’il d’écrire quelque chose autour de ce temps logique du fantasme fondamental «un enfant est battu », dont on ne peut rien dire, ce temps ou l’auteur du fantasme est l’enfant battu. Etre battu par le père, c’est être aimé du père, c’est aussi être marqué sur son corps de ce qui sera la jouissance du sujet et c’est aussi provoquer chez le père la jouissance. Pour ce faire, « il faut que le sujet accepte d’être cet objet, ce rien qui sera battu ; il faut qu’il accepte de choir en ce déchet sous le coup du fouet du père ». Pour être aimé du père et pour jouir du père, de son fouet, il faut accepter d’être cet objet de déchet, c'est-à-dire d’être du coté du masochisme. Marie Lise Lauth m’interrogeait la semaine dernière : « Y aurait-il un peu de ça chez notre Camille » ? Alors première question : qu’en est il du désir de Mme Claudel pour sa fille Camille mais aussi à l’endroit de son mari, Louis Prosper Claudel ? Que saisit Camille de ce désir ? Deuxième question : qu’en est il du désir de Louis Prosper à l’égard de sa fille ? Camille est-elle aimée de son père et comment l’aime t’il ? Troisième question : qu’elle place occupe Auguste Rodin pour Camille Claudel? Mme Claudel, de 15 ans plus jeune que son époux, est décrite avant tout comme une femme de devoir. Paul Claudel la décrit ainsi : «Tout le contraire d’une femme du monde. D’un bout à l’autre de la journée en train de coudre, de tailler des vêtements, faire la cuisine, s’occuper du jardin, des lapins, des poules, pas un moment pour penser à elle ni énormément aux autres ». C’est une mère qui va et qui vient mais qui ne semble pas investir de façon particulière ses enfants. Il ajoute : «Elle ne nous embrassait jamais ». Mme Claudel a banni de son système d’éducation les épanchements et la sentimentalité. C’est une femme austère dont la façon particulière d’expliquer les autres est « sans charité ». La mère de Mme Claudel meurt alors qu’elle n’a que trois ans et demi. Elle grandit auprès de son père Louis Cerveaux et de son frère Paul. On remarquera au passage que son père et son mari portent le même prénom et que son fils porte celui de son frère. Louis cerveaux est un riche notable de la région champenoise. Médecin et maire d’une petite ville, c’est un homme que l’on caractérise par une volonté de fer, une autorité excessive. Homme de pouvoir, il aimait à défendre les valeurs de son rang. Louise Claudel est une femme marquée par ce conformisme familial. C’est une femme effacée, sans aucun souci de coquetterie, voire même d’allure plutôt paysanne travaillant comme les domestiques, mais qui ne cède en rien sur les principes auxquels elle croit et qui lui ont été transmis. Elle y trouve pourrait on dire son assiette. Comment Camille Claudel perçoit-elle sa mère ? En 1915, Camille a 51 ans elle écrivait à Paul : « Quel malheur si maman venait à mourir pendant que je suis sans bouger. Quelle inquiétude pour moi car maman ne l’avoue pas mais elle n’est pas heureuse ». En 1938 elle a 74 ans et écrit à son frère «A ce moment de fête, je pense toujours à note chère mère, je ne l’ai jamais revue depuis le jour ou vous avez pris la funeste résolution de m’envoyer dans les asiles d’aliénés. Je pense à ce beau portrait que j’avais fait d’elle (1888) dans l’ombre de notre beau jardin. Les grands yeux où se lisaient une douleur secrète. L’esprit de résignation qui régnait sur toute sa figure, ses mains croisées sur ses genoux. L’abnégation complète. Tout indiquait la modestie, le sentiment du devoir poussé à l’excès. C’était bien là notre pauvre mère ». Camille Claudel appréhende chez sa mère, quelque chose autour d’un manque, symbolisé par une douleur secrète qui la rend malheureuse. Elle le lit dans le regard de sa mère. C’est par l’objet regard, objet a , que se révèle et en même temps se masque le manque de la mère, manque qu’elle peut nommer par le voile qui est le secret. Camille Claudel nous fait entendre, me semble t’il qu’au champ de l’Autre, il y a un manque, S A barré. C’est de ce point que le sujet peut poser sa question « che vuoi ? » interrogeant le désir de l’Autre. La résignation, l’abnégation, que Camille évoque à propos de sa mère me semble sous entendre une question « mais que voulait-elle » ou plus exactement « que me voulait-elle ?». Camille Claudel fait trace ici du désir toujours insatisfait de sa mère « elle ne l’avoue pas mais elle n’est pas heureuse », auquel elle voudrait encore pouvoir répondre en tant que phallus imaginaire mais elle ne peut bouger. On notera l’insistance du beau dans le portrait qu’elle décrit de sa mère. « le beau portrait dans le beau jardin ».qui vient faire cadre au regard de sa mère. La barrière du beau vient ici border le trou du regard. « Je n’ai jamais revu le portrait, si jamais tu en entends parler dis le moi ». Selon les dires d’une ancienne employée de maison des Claudel, ce beau portrait à l’huile se trouvait dans le grenier. Puis un jour il a disparu. A ce jour il n’a pas été retrouvé. Mme Claudel ne semble pas avoir donné d’importance ou peut-être trop à ce portrait d’elle. A t’elle détruit ce tableau? C’était pourtant la seule œuvre de sa fille qui la représentait. Reine Marie Paris nous témoigne que Mme Claudel n’a pas investi positivement le génie hors du commun de sa fille pas plus d’ailleurs que celui de son fils, Paul. Aucune des lettres de Mme Claudel dont nous disposons ne fait part de remarques voire même d’allusion aux œuvres de ses enfants Camille et Paul. En parlait elle ? Nous n’en savons rien. Ce lourd silence de Mme Claudel que nous supposons, vient marquer peut-être le sujet divisé qu’elle est . Je pense ici à Dora qui devant Madame K ne peut parler. Solange Faladé nous enseigne que l’aphonie de Dora face à Mme K est le signifiant qui la représente en tant que sujet divisé et par laquelle Dora révèle sa question « qu’est ce qu’une femme ». Le silence de Mme Claudel s’oppose au vif intérêt que Louis son mari, témoigne à ses deux enfants. Il lira toutes les œuvres de son fils et suivra pas à pas la notoriété de sa fille. Mme Claudel, elle, ne semble trouver satisfaction qu’auprès de sa fille cadette Louise a qui elle donne son prénom. Après la mort de son mari, Mme Claudel et sa fille partageront leur existence. Elles constitueront selon les biographes « le clan des Louise » installées dans la maison familiale de Villeneuve si chère à Camille Claudel et à son frère. Louise est l’enfant aimée et préférée, gratifiante, comblante dont les traits de caractères et les intérêts de la vie s’apparentent à ceux de sa mère. « Mme Claudel détestait sa fille aînée ». Cette phrase tranchante de Reine marie Paris qui je le rappelle est la petite nièce de Camille Claudel me semble a entendre dans sa vérité tant elle s’oppose au propos plutôt modérés et précautionneux de l’ensemble de son livre sur sa grande tante. Elle résonne comme si elle avait été entendue et transmise tel un savoir familial irrécusable. En ce lieu du manque de sa mère, Camille rencontre sa haine réelle et dévorante. En 1915, Mme Claudel s’adresse par courrier au directeur de Montdevergues qui propose une possible sortie de sa fille: « je ne veux à aucun prix la retirer de chez vous… j’ai 75 ans, je ne puis me charger d’une fille qui a les idées les plus extravagantes, qui est remplie de mauvaises intentions à notre égard, et qui nous déteste ». Quel bel aveu de ce qui anime Mme Claudel à l’endroit de sa fille. Dans cette même lettre Mme Claudel poursuit : « Elle a tous les vices, je ne veux pas la revoir, elle nous a fait trop de mal ». De quels vices parle Mme Claudel? Nous pouvons sans trop nous tromper, je pense, évoquer la relation de sa fille avec Auguste Rodin. Reine Marie Paris écrit « Mme Claudel ne le pardonnera jamais à sa fille ». En 1915 alors que Camille est internée depuis plus de deux ans dans un asile d’aliénés Mme Claudel lui reproche « l’ignoble comédie qu’elle a jouée » auprès d’eux. Elle ajoute : «Moi, assez naïve pour inviter le grand homme à Villeneuve, avec Mme. Rodin, sa concubine! Et toi qui faisais la sucrée, qui vivais en femme entretenue. Je n’ose même pas écrire les mots qui me viennent à l’esprit ». A ce vice, il me semble que Mme Claudel y associe aussi les délires de Camille : Elle écrit. « J’ai sous les yeux ta dernière lettre et je n’arrive pas à imaginer que tu puisses écrire de pareilles horreur à ta mère … Comment oses tu m’accuser d’avoir empoisonné ton père … Ta lettre n’est qu’un ramassis de calomnie, toutes plus odieuses les unes que les autres ». Bien que Mme Claudel ait placée sa fille en maison de santé parce qu’elle est malade, atteinte de délire de persécution, elle donne crédit et vérité à ces délires. Aucune distance liée à la maladie n’est énoncée. L’hypothèse maternelle à ces calomnies est le vice et non la maladie . N’y a-t-il pas derrière cette compréhension maternelle, une vérité d’une tout autre nature ? Camille n‘a pas été l’enfant qu’elle désirait. Née plus d’un an et demi après la mort de Charles Henri, sa fille ne peut venir combler le manque de cette perte. Mais ce manque en croise un autre. Camille naît fille. La haine maternelle révélée par le signifiant du vice semble voilée le Réel du sexe féminin. Nous retrouvons ici l’essence du ravage mère- fille. Remarque supplémentaire. Louis Cerveaux , le grand-père de Camille et père de Mme Claudel est décrit comme ayant un attachement tout particulier à sa petite fille Camille. Selon Mathias Morhardt « Camille partageait avec lui le même caractère, la même ténacité, la même conscience de sa valeur au monde ». C’est donc un homme qui fut d’une autorité rude avec sa fille, Mme Claudel et d’un attachement tendre auprès de sa petite fille, Camille. Comment Mme Claudel a-t-elle éprouvé ce lien privilégié de son père à sa fille aînée. Camille Claudel s’y inscrit comme rivale dans le complexe oedipien de sa mère. En 1928, un an avant sa mort Mme Claudel écrit à son fils Paul : « Ma vie est une torture à cause d’elle (camille), j’y pense sans cesse… tu m’as écrit l’année dernière «je prends ma sœur à charge, jamais tu n’entendras plus parler de ta fille aînée ». Paul Claudel a bien entendu ce qui animait sa mère à l’égard de sa soeur .Elle lui rappelle ce qu’elle attend de lui confirmant ainsi la vérité de ce qui ne peut se dire. Camille Claudel ne cessera pas de 1913 à 1929 de demander à sa mère de venir la voir ou mieux de lui autoriser à quitter l’asile d’aliénés. Jamais sa mère ne se déplacera, ni sa sœur louise. Camille interroge son frère ; Mais « D’où vient une pareille férocité ? ». Cette question n’en appelle t’elle pas une autre qui serait « que me veut elle ? » révélant ainsi l’insatisfaction au lieu du grand Autre ? Abordons maintenant ce que nous pouvons saisir des parents Claudel. Nous ne disposons d’aucune trace écrite qui témoigne de la façon dont Camille saisit le lien qui unit ses parents. Elle sait seulement que sa mère n’était pas heureuse. Il m’a semblé pouvoir poser une hypothèse quant à ce lien. Paul Claudel décrit son père ainsi : « une espèce de montagnard, nerveux, emporté, coléreux, fantasque, imaginatif à l’excès, ironique, amer » Il ajoute « mon père et ma mère se disputaient ». Quels étaient les sujets de ses conflits ? nous n’en savons rien. Cet homme semble avoir bien du mal pour se faire entendre tant auprès de sa femme que de ses enfants. Par son fils et sa fille, ce père n’est pas entendu comme celui qui vient satisfaire au désir de la mère Mais Paul Claudel nous dit aussi : « Nous formions un petit clan que nous trouvions immensément supérieur à tout le reste du monde... On était les Claudel dans la conscience tranquille et indiscutable d’une espèce de supériorité mystique, inabordable, soudés dans la certitude de leur différence » ou encore « un Claudel qui ne serait plus un fanatique ne serait plus un Claudel ». La puissance phallique auquel ce nom Claudel renvoie ne peut pas rester sans effet. Mme Claudel a choisit un homme dont le Nom lui apporte une certaine posture dans son rapport au monde. Ce Nom lui offre t’elle une certaine réponse au sujet divisé qu’elle est ?. Il me semble que quelque chose ici peu se saisir de ce qui « unit » les parents Claudel, quelque chose qui opère comme Nom du Père venant donner sens au désir de la mère. Madame Faladé nous rappelle, dans « clinique des névroses », que l’amour n’est pas uniquement narcissique : « Dans l’amour, il y a de l’image renvoyé par l’autre aimé mais il y a aussi du sujet car si l’amour est du coté de ce qui fait signe, le signe est signe de quelque chose et ce quelque chose renvoie à ce qui est du coté du sujet porteur du signe » Le Nom Claudel se laisse entendre comme signe de quelque chose qui pour Mme Claudel peut répondre au sujet divisé qu’elle est. Camille Claudel en a-t-elle entre’aperçu, ou entre’ entendu quelque chose de ce désir de sa mère pour son père? Ce que nous pouvons avancer sans risque, c’est qu’elle est marquée de cette empreinte du Nom. C’est une Claudel. Paul Claudel nous la décrit « d’un caractère entier, audacieuse, redoutable, qui s’affranchit de toutes les lois, affichant une supériorité hautaine, elle possède un don féroce de la raillerie ». On retrouve dans ce portrait plus d’un trait de son père. On ne peut omettre de supposer une puissante identification de Camille à son père source peut-être des nombreux conflits. Camille se positionne alors comme rivale de sa mère. Quel est la nature du lien qui unit Camille à son père ? Selon Reine Marie Paris, Louis Claudel a investi cet enfant d’une façon toute particulière. Est-ce la mort de Charles Henry qui inscrit Camille Claudel à cette place si singulière ? A-t-il aperçu rapidement la blessure maternelle par la façon dont sa femme accueillait sa fille ? A-t-il été séduit par la beauté de Camille et par la précocité de son génie ? Jacques Cassar écrit : « le lien qui unit Louis Claudel à sa fille est un lien fort et orageux. Elle s’oppose souvent à lui mais il est toujours présent. Ils restent très liés ». Ce que l’on sait, c’est qu’il ne s’opposera pas aux activités artistiques de sa fille, bien au contraire. Il facilitera ses premiers pas dans sa carrière de statuaire .En 1881, Louis Claudel accepte de se séparer des siens dans l’intérêt de ses enfants. La famille s’installe à Paris. Lui reste la semaine à Compiègne puis à Rambouillet pour ses activités professionnelles et les rejoint ses jours de repos. Paul Claudel caractérise cette année 1881 de cataclysmique. Quel est l’objet ce désastre ? Qu’éprouve Mme Claudel devant ce choix du père sachant qu’elle n’a aucun intérêt particulier pour le génie de ses enfants ? sachant qu’elle est contrainte à quitter Villeneuve, sa maison familiale dont on verra l’importance ? sachant aussi qu’elle n’est pas une femme du monde ? Se sent-elle délaissée voire abandonnée par son époux ? Se vit-elle destitué de son autorité auprès de son mari au profit de l’autorité de sa fille aînée et de son fils ? Ce que l’on peut constater c’est que son époux aime ses enfants et tout particulièrement sa fille aînée au point de renoncer à être près de sa femme la plupart de son temps. Cet homme se détourne t’il pour autant de sa femme ? Reste t’il aimant et désirant à son égard ou a-t-il mis en acte une séparation affective déjà là?. A-t-il œuvré pour tenter de faire cesser ou tout au moins d’atténuer ce qu’il pressentait du lien de sa femme à sa fille ? Le Choix du père, discuté ou non, provoque un bouleversement familial irréversible, dont les effets, on peut le supposer, concerneront les liens de rivalité et de haine de Mme Claudel envers sa fille. 1909 Louis Claudel écrit à Paul : « Je voudrais que Camille vienne nous voir de temps en temps. Ta mère ne veut pas entendre parler de ça ». Ou encore » Jusqu’ici, personne n’a voulu s’occuper d’elle, il y a bel age que j’aurais voulu que ta mère allât la voir, vérifier son trousseau, son mobilier… ». Et Camille, comment vit-elle ce départ pour Paris ? Aucune trace écrite. Selon les biographes, il semble bien qu’elle est vaincue toutes les résistances familiales. Elle paraît jubiler et triompher portée par le désir de son père. La rivalité avec sa mère ne peut se trouver que renforcée. Il ne fait aucun doute que Louis Claudel venait en aide à sa fille aînée. Reine Marie Paris témoigne :« Il n’hésitait pas à vendre des biens ( de Qui ?) . Il lui venait en aide en cachette des deux Louise la mère et la fille ». Et il le fit jusqu'à la veille de sa mort. En 1909, Camille a 45 ans, il écrit à Paul :« Nous lui avons fait parvenir, il y a peu de temps toute la lingerie nécessaire, nous payons son loyer, ses contributions et jusqu’à ses traites de boucher. Elle nous demande 20 francs, nous lui envoyons 100. Elle nous demande rien et nous envoyons tout de même 100 souvent plusieurs fois pas trimestre ». Qui est ce « nous » ? Mme Claudel accepte t’elle de payer pour masquer ce qui l’anime à l’égard de sa fille ? ou Louis Claudel est il seul à en décider et tente t’il par ce « nous » à protéger sa femme de ce qu’il sait de sa haine à l’égard de sa fille ? L’amour de Louis Claudel pour sa fille n’a pas de prix. Il écrit (1909) : « Les économies que j’ai faites, c’est pour ainsi dire sou à sou, au milieu de difficultés et de circonstances qui pour d’autres seraient de cruelles privations, mais qui pour moi ont été légères, grâce à des habitudes invétérées… inutile d’insister ». Cet amour est à la hauteur de sa douleur : « Tu n’as pas idée de mes soucis, de mes peines de mes tourments. En ce moment, je vis dans de vraies tortures ». Il est alors âgé, il demande à son fils de prendre le relais auprès de Camille : « En t’occupant de Camille, tu me rends le plus reconnaissant des services et je t’en suis profondément reconnaissant ». Dans « Clinique de Névroses » Solange Faladé nous dit « L’hystérique a besoin de l’amour du père, c’est ce qui fait son armature selon l’expression de Lacan » Camille Claudel ne doutait pas de cet amour. Elle écrit en 1915 « Quand je pense que mon pauvre papa est déjà mort sans que j’en aie rien su et qu’il réclamait sa fille, sa fille et que sa fille n’est pas venue ». Il m’a semblé utile de faire une remarque concernant un objet tout particulièrement présent dans la vie familiale des Claudel, c’est objet, c’est l’argent. Les richesses de la famille Claudel viennent essentiellement de l’héritage de Mme Claudel. Tous les biens, terres, vignes, bois, demeures, lui appartiennent. Louis Claudel vient d’une famille peu fortunée. Certes il contribue à la richesse familiale car il occupe un poste de fonctionnaire dans l’administration des finances qui lui permet de bien gagner sa vie. Mais c’est par Madame Claudel que la famille acquière sa notabilité et un certain prestige social. Les biographes que j’ai lus insistent sur deux traits essentiels que les parents de Camille partagent -un respect atavique de l’argent et une horreur de la prodigalité. Louis Claudel écrit en 1909 « Ah les prodigues, quel malheur de vouloir faire plus qu’on ne peut où de paraître au-delà de sa situation ». Camille Claudel écrit à un collectionneur qui négocie le prix d’une de ses œuvres, prix quel juge insuffisant « on me traitera de prodigue. » L’art statuaire est un art très coûteux. Il faut payer la matière première puis les modèles, les mouleurs, les fondeurs. L’art d’écrire en revanche nécessite peu de dépense. Ce père n’hésitera pas nous l’avons vu a vendre les biens familiaux et à se priver et aussi peut-être à priver les autres membres de la famille, pour sa fille. Il fait exception pour elle de sa rigueur farouche à propos de l’argent. Jouissance du père à l’égard de sa fille ! N’y a-t-il pas là quelque chose d’une promesse d’un père « tu auras un enfant de moi » alors je propose, audacieusement, mais nous sommes parmi les Claudel, je propose une équivalence argent = enfant= phallus. Alors quel lien peut-on avancer entre ce qu’il en est de cet objet argent et l’art de Camille Claudel ? Quel rapport entre la glaise qu’elle modèle et malaxe alors qu’elle est tout enfant et l’argent qu’elle obtient du père et dont peut –être elle prive sa mère ? La sculpture de Camille Claudel ne serait-elle pas « produit » de la résolution Oedipienne comme enfant du père ? Nous pouvons aussi nous interroger sur la façon dont Mme Claudel accueille ces dépenses. Sa fille aînée « ne dilapide t’elle » pas son patrimoine Familial ?. Camille Claudel écrit à Paul « Chaque fois que j’écris à Maman de me reprendre à Villeneuve, elle me répond que la maison est en train de fondre ». Mme Claudel estime que son patrimoine fond comme neige au soleil. Elle le reproche à sa fille. Après la mort de son mari, Mme Claudel décidera seule de vendre Villeneuve à son petit fils Jacques, fils de sa fille Louise. Elle écrit à son fils Paul « J’ai vendu Ma maison de Villeneuve à Jacques 60 000 francs. J’ai cru devoir faire cela pour éviter que la justice n’intervienne dans Ma succession, ce qui serait très, très onéreux pour vous. C’est un bon prix ». Elle poursuit : « Mes habits et mon linge seront pour Camille » Paul Claudel est furieux et semble avoir écrit une lettre pleine de désapprobations. Elle lui répond : « Tu m’accables de reproches pour des questions d’argent et tu n’hésites pas à te brouiller avec Nous (avec Louise) pour ses seules raisons. C’est la vente de Ma maison que j’ai faites à Jacques pour 60 000 francs au lieu de 80 000 que tu aurais voulu, alors qu’il a simplement agi selon Ma volonté ». L’usage insistant des pronoms possessifs surprend. Ils s’opposent aux comportements d’effacement de résignation et d’abnégation qu’on lui connaît. Paul Claudel reprochera, à sa mère au moment de la vente de Villeneuve de l’avoir déshérité, lui ainsi que sa sœur Camille au profit de Louise. Camille Claudel, dans chacune de ses lettres pendant son internement abordera des question d’argent : à sa mère :« Vous en dépensez de l’argent à tort et à travers…. C’est réellement faire preuve de folie que de dépenser un argent pareil ». C’est aussi autour de l’argent que son « délire » se fixe : En 1910, elle écrit à son frère : 1907 « Chaque fois que je mets un modèle en circulation ce sont des millions pour les fondeurs, les mouleurs, les artistes et les marchands et pour moi 0+0=0. Les actions de cet homme célèbre m’ont coûté les yeux de la tête et pour moi rien, rien de rien ; me faire terminer ma carrière à la charité de mes parents, du toupet ! ou encore … « les autres qui exposent effrontément mes œuvres et se font de l’argent avec sous la direction de Rodin et puis plus tard « cela fait 17 ans que Rodin et les marchands d’objets d’art m’ont envoyée faire pénitence dans les asiles d’aliénés. C’est beau tous ses millionnaires qui se jettent sur une artiste sans défense, car les messieurs qui ont collaboré à cette action sont tous plus de 40 fois millionnaire…. C’est l’exploitation de la femme… je m’ennuie bien de cet esclavage » ou encore Ainsi la bande à Rodin la prive de l’argent qui lui revient. Rodin aura semble t’il aussi privé Camille d’avoir un enfant de lui, tout au moins d’un enfant reconnu de lui. Pourtant en 1897 Camille, âgée de 35 ans, pouvait espérer s’éloigner de ses soucis quotidiens d’argent. Elle accédait enfin au succès. Mathias Morhardt en témoigne à Paul : « Mademoiselle votre sœur vient d’avoir au salon du Champs de mars un succès considérable. On peut dire qu’elle tient aujourd’hui une des premières places, sinon la première ». 10 ans plus tard elle était encore une artiste admirée par de nombreux collectionneurs, marchands et critiques d’art. Elle expose beaucoup mais pourtant ça ne va pas. Elle revendique et s’isole de plus en plus chaque jour On peut alors tout simplement poser la question « mais que voulait elle ? ». Son désir semble toujours insatisfait. Il faut aussi se rappeler que Camille a connu de nombreux événements (le refus de Rodin de renoncer à Rose Beuret, les faiblesses de son père, l’affaire de Châteauroux, l’annulation de la commande de l’Etat pour l’age Mur, la disparition de sa clotho en marbre, quelques affaires judiciaires) qui auront peut-être pour effet de déclencher ses délires. « Dans clinique des névroses » Solange Faladé nous dit « lorsqu’à la suite de quelques incidents accidents, l’hystérique ne se trouve plus dans son assiette, elle peut présenter des manifestations cliniques telles que l’on serait tenté de la situer du coté de la psychose. C’est ce que traduit dans les formules de la sexuation « il n’y en a pas une qui puisse dire non à la fonction phallique et elle ajoute de ce coté là, le Nom du Père ne s’inscrit pas, la métaphore paternelle y est avec une certaine laxité. Rien ne va pouvoir couvrir le manque de la mère ». Abordons maintenant très rapidement la relation de Camille à Auguste Rodin. Camille Claudel choisit pour amant Auguste Rodin de plus de 25 ans son aîné. C’est un artiste déjà reconnu. Rodin nomme Camille par « notre chère têtue qui nous dirige ». Elle devient très vite son modèle. Elle destitue « Adèle » le modèle du moment. L’amour de Rodin pour Camille est incontestable. De nombreuses lettres en témoignent. Il est dit qu’à l’agonie Rodin demanda à voir sa femme et quand on lui désigna Rose Beuret il marmonna « Non, pas elle, l’autre, celle de Paris ». Auguste Rodin est un homme désirant à l’endroit de Camille Claudel. Elle le vit comme la désirant Elle lui écrit, alors qu’elle est en Touraine au Château de l’Islette près d’Azay le rideau : «Je couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là ». Plus loin : « Que vous seriez gentil de m’acheter un petit costume de bain bleu foncé en galon blanc, en deux morceaux, blouse et pantalon (taille moyenne) au Louvres ou au Bon Marché, ou à Tours ». Il me semble que l’on peut saisir que Camille Claudel accepte d’être Objet a pour Auguste Rodin. Elle s’inscrit là du coté femme. Elle accepte d’être cet objet qui fait fantasmer Rodin qui fait qu’elle n’est peut être pas aimée mais « asmée » comme nous le suggère Lacan. Pendant cette période amoureuse la proximité des productions artistiques des deux génies est étonnante. Ici se pose la question de l’identification hystérique de Camille Claudel à Rodin par la sculpture. Rodin est mis en position de maître. Mais l’hystérique met en question ce qu’il en est du phallus. Elle sait que, pas plus qu’elle, l’homme n’a de réponse au SA Barré. Elle sait, comme nous l’enseigne Solange Faladé, que le phallus ça peut être du flan, c’est du semblant car dans le réel c’est bien difficile de trouver quelque chose. Alors l’hystérique, d’une part cherche à destituer le maître en le renvoyant au sujet barré et divisé qu’il est, et d’autre part ne veut pas être ce phallus que l’homme aimerait trouver en elle. Du coté de la sculpture, Camille Claudel perçoit très vite les défaillances du maître. Il ne sait pas travailler sans modèle, elle si. Il n’aime pas tailler le marbre en direct cela l’ennuie, elle, y excelle. Il ne sait pas gâcher le plâtre. Elle est experte. Par ailleurs Camille Claudel refusera d’être aimée parce qu’elle fait du Rodin. Elle refuse d’être ce phallus pour lui. Elle veut être aimée pour elle-même et elle demande d’être l’élue, l’unique femme de Rodin. Rodin ne renoncera jamais à Rose Beuret. En 1895, première rupture avec Rodin, elle écrit à son frère à propos de ses projets : « Je travaille maintenant pour moi » « tu vois ce n’est plus du tout du Rodin et c’est habillé ». L’identification à Rodin chute. Ses sculptures changent radicalement de thème. Camille Claudel veut décrire des moments simples de la vie quotidienne. Dans le même temps elle commence à délirer et à se négliger. Ne peut-on pas avancer qu’en même temps qu’elle se fait « déchet », sa sculpture n’opère plus du coté d’une jouissance phallique ? Elle est du coté femme en relation avec SAbarré. Dans ses « délires » la haine des femmes est souvent associée à celle de ses persécuteurs : elle écrit à Rodin : « Vous savez bien d’ailleurs quelle haine me vouent toutes les femmes aussitôt qu’elles me voient paraître jusqu'à ce que je sois rentrée dans ma coquille ». Pour Camille Claudel toutes les femmes sont des rivales y compris sa mère mais ceci est refoulé. Par ailleurs Elle écrira à sa mère que celle-ci, ainsi que sa sœur sont manipulées par le sieur Rodin, qui a tout fait pour l’éloigner de Paris. Alors, Rodin n’est il pas un objet métonymique de sa mère? Il y a à savoir que Mme Claudel et Auguste Rodin ont le même âge. Ils sont nés en 1840 à 20 jours d’intervalle. Selon Camille, Rodin aurait tout fait pour l’éloigner de Paris. Ne peut on pas substituer Mme Claudel à Rodin. En éloignant Camille, via l’internement, Mme Claudel évitait ainsi l’impossible à soutenir de sa propre castration auprès de sa fille aînée. L’hystérique, nous rappelle Solange Faladé, peut se présenter sous toutes les formes. Cela vient de son rapport premier au Grand Autre, la mère marquée d’insatisfaction. L’internement de Camille Claudel est, me semble t’il, un des termes du ravage entre Mme Claudel et sa fille. Louis Claudel n’était pas sans en avoir saisi un peu quelque chose. Laissons encore la parole, si je puis dire, à Camille : « Aussitôt qu’un homme généreux s’occupe de me faire sortir d’embarras, la femme est là pour lui tenir le bras et l’empêcher d’agir ». Elle traduit ainsi son œuvre « l’age mûr ». La triangulation familiale est articulée. Si, comme nous le supposons, Louis Claudel à pu faire saisir à sa fille quelque chose de l’ordre d’une promesse d’avoir un enfant de lui, a-t-il au moment où il le fallait fait entendre sa castration en formulant quelque chose comme « ce n’est pas de moi que tu l’auras mais d’un autre ! ». Il semble que Camille soit encore aliénée à cette promesse, désir toujours insatisfait et elle interroge au lieu du grand Autre : Quelle est donc cette femme qui retient le bras de l’homme ? Qu’a-t-elle de si particulier et si indicible à la fois pour l’empêcher d’agir ? De quel signifiant dispose t’elle pour être si toute puissante ? De quel attribut jouit-elle pour être l’élue ? Camille Claudel, en tant que sujet hystérique -j’ai tenté d’en saisir quelques pistes- s’interroge au lieu de l’Autre «Qu’est ce qu’une femme ?».
BIBLIOGRAPHIE. Cassar Jacques, Dossier Camille Claudel, Editions Archambault, 1997. Faladé Solange, (1991-1992), (1992-1993), Clinique des névroses, Paris, anthropos, Economica, 2003. Lacan Jacques, « les Psychoses » le séminaire III,Paris, Seuil, 1981. Paris Reine-Marie, Camille Claudel, le génie est comme un miroir,Paris, Gallimard, 2003
Laurence
Levy
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