L'Ecole Freudienne

 

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                                        Autour de l'invention de l'objet a
                                                  
par le Docteur Jean Thiriat

 

 

 

                                                                           

 Certains d’entre nous ont montré comment l'objet a se glisse dans une continuité de l'élaboration lacanienne à travers des formalisations ou des conceptualisations en renouvellement, tels  G R, (en 1989), autour du schéma optique, J T , (en 1999), autour du cheminement de Lacan de l'image narcissique vers l'objet d'angoisse. Il m’a semblé intéressant d'examiner de plus prés encore les continuités ou au contraire, les sauts théoriques maintenant éventuellement repérables dans le cheminement théorique de Lacan qui l'ont amené à inventer, c'était bien là un saut, cet objet a.

Y a-t-il eu, à cela une nécessité logique en quelque sorte inévitable? A partir de quand, cette nécessité logique, si tel est le cas, était-elle en place? Si le terme de nécessité théorique est trop fort, qu'apportait donc cet objet a , ou en tout cas comment est- il venu, de quelle façon a-t-il été introduit par Lacan?

Encore faudrait-il, pour envisager quelque réponse à ces questions, avoir préalablement, repéré le moment d'émergence de cet objet dans l'édifice théorique lacanien.

C'est ce point précis que je vous propose, aujourd'hui d'examiner : essayer de  voir si on peut en quelque sorte fixer un acte de naissance de l ' objet a, situer un moment plus ou moins précis, où ce concept objet a pourrait être reconnu comme véritablement nouvellement apparu, vraiment présent pour une première fois; et puis, bien sûr, essayer d'observer quelle est la démarche, à ce moment, de Lacan sur ce chemin vers l'objet a, et quel est le contexte théorique d'où émerge alors ce concept nouveau.

Avant cela, je voudrais faire un bref rappel, destiné surtout à nos amis psychiatres et psychologues non lacaniens, des enjeux cliniques associés à l'objet a.


A - ENJEUX CLINIQUES.

Qui dit objet a, pose  la question du désir en psychanalyse. En fait, ajouter "en psychanalyse" c'est presque  un pléonasme, car c'est exclusivement dans ce champ du désir que la psychanalyse s'intéresse au sujet,  à la différence de la philosophie qui, elle, s’y intéresse surtout dans  des rapports de connaissance. Pour la philosophie, dit Lacan, "le sujet est supposé par la connaissance des objets" (DI p 99); c'est, en quelque sorte un rapport de conscience.  Alors que pour la psychanalyse continue -t il "Ce qui change complètement la nature (des  relations du sujet à l'objet) c'est ce point crucial de la nature de ses relations à l'objet qui s'appelle justement le désir. (DI 99) C'est dans ce champ que nous essayons d'articuler les rapports du sujet à l'objet au sens où ils sont des rapports de désir, car c'est dans ce champ que l'expérience analytique nous apprend qu'il a à s'articuler. Le rapport du sujet à l'objet n'est pas un rapport de besoin, le rapport du sujet à l'objet est un rapport complexe que j'essaye précisément d'articuler ..."

Voilà qui précise bien dans quel cadre  Lacan  s'intéresse à la question du sujet et de son objet : celui, exclusivement, d'une relation de désir. Relation complexe, souligne-t-il,  qui, de ce fait, ajouterons-nous, nécessitera une élaboration sans cesse affinée.

Dire que la position du sujet dans le  champ du désir, c'est la spécificité de la psychanalyse, c'est aussi rappeler que la question du  désir est centrale  dans la clinique, comme dans la cure analytique.

 La question du désir est en effet au centre de la clinique, puisqu’elle est au centre de la notion même de conflit psychique, conflit psychique repéré par Freud comme essentiel dans la genèse d'une névrose et vous savez comment Lacan a épinglé, par exemple, comme traits cliniques essentiels, le désir insatisfait de l'hystérique et le désir impossible de l'obsessionnel. Cette question du désir se pose aussi dans le champ de la psychose, avec, bien sûr des aspects théoriques et cliniques particuliers, très différents de ceux de la névrose, et ceci n'est pas sans rapport avec la position particulière du sujet psychotique par rapport à l'objet a.

Cet objet a,  vous en connaissez   l'importance  dans le fantasme et la place de celui-ci dans les débats sur la fin de la cure, à propos de la traversée du fantasme, et vous savez ce que cela a apporté  de nouveau par  rapport à la position freudienne qui envisageait l'analyse comme infinie, du fait du roc de la castration, du penisneid, c'est à dire, en fait, d’une revendication ; une remarque vient là : ne convient-il pas de rattacher cette revendication du pénis à quelque chose d'un désir ? Ce qui nous amènerait à dire : Freud, avec la question du penisneid, et Lacan, avec la traversée du fantasme, ne lient-ils pas tous deux la question de la fin de l'analyse à, essentiellement, quelque chose du désir ? Sur ce point, la théorie lacanienne, avec l'invention de l'objet a, a permis un abord  nouveau.

 Abord nouveau aussi de la question du transfert, et vous savez que l'objet a est repris dans le séminaire consacré au Transfert, sous la forme de l'agalma. Cette question du transfert envisagée par ce biais de l'objet a oriente la place de l'analyste  de telle façon que la théorie d'une fin de l'analyse par une identification à l'analyste ne peut plus être tenue.

 Ainsi peut-on déjà situer, à côté de la clinique, l'espace même de la cure, sa technique, la question de sa fin, comme  des enjeux essentiels qui courent dans l'élaboration théorique de Lacan autour de la question du désir et de cet objet a. Peut-être est-ce ce qui explique que, dans les Écrits, l'article sur la Direction de la Cure soit celui où on perçoit le mieux l'émergence toute proche de l'objet a. Cet article est daté de Juillet 58; mais quelle date peut-on donner à la naissance de l'objet a?


B-PREMIERES OCCURENCES

1-Dans les Écrits

Si on cherche dans l'index des Écrits, réalisé par J.A. Miller,  il s'agit la plupart du temps de passages des Écrits dans lesquels on pourrait, rétrospectivement, situer l'objet a, mais dans lesquels il ne figure pas explicitement ; JA Miller  avertit, en effet, le lecteur (p693), dans son index, que "c'est le concept qu'on doit chercher, non le mot ." Ceci signifie donc que le concept objet a semble, pour JAM, avoir quelque rapport avec l'objet partiel d'Abraham (p604), l'objet transitionnel de Winnicott (p612), et les objets fantasmatiques de M Klein (p614) qui amènent J Lacan à écrire, en juillet 58, donc après le séminaire FI et juste avant DI : "Ces objets partiels ou non, mais assurément signifiants, le sein, l'excrément, le phallus, le sujet les gagne ou les perd sans doute, en est détruit, ou les préserve, mais surtout il est ces objets, selon la place où ils fonctionnent dans son fantasme fondamental.." ( La Direction de la Cure p 614) , sans citer l'objet a qui n'est pas encore formalisé. Mais la façon dont ces objets sont là rassemblés et évoqués comme signifiants montre déjà quelque chose du chemin qui mène à l'objet a proprement dit : ce chemin n'est pas direct, bien que dans un axe qui ne varie guère, puisque ces objets, retenus là pour leur valeur signifiante, sont aussi définis comme l'être du sujet, ce que ils seront lorsqu’ils seront désignés, plus tard, comme objets a. Une certaine conceptualisation de l'être du sujet en liaison avec un certain type d'objets est à l ' œuvre avant d'être rassemblée dans le concept « objet a » . Il est intéressant de trouver ceci au moment de ce Congrès de Royaumont, que Mme Faladé a souvent évoqué pour nous. C’est un temps, aussi, où apparaissent des divisions au sein de ceux qui ont suivi Lacan jusque là, divisions qui aboutiront plus tard à la fondation de L’École Freudienne de Paris, divisions qui, toujours selon Mme Faladé, ne sont pas sans rapport avec une modification de la position théorique de Lacan sur la question du désir perceptible dans l’article La Direction de la Cure (p 625) où Lacan écrit : « .. le rêve est fait pour la reconnaissance.., mais notre voix fait long feu pour achever : du désir ; car le désir, si Freud dit vrai de l’inconscient et si l’analyse est nécessaire, ne se saisit que dans l’interprétation. » Cette remarque étant énoncée à propos de l’analyse d’un rêve, peut, dans une lecture un peu hâtive, ne pas prendre toute sa portée, qui est de signifier un revirement, la naissance d’une nouvelle conception, plus complexe, du désir, qui  va au delà de la question de la reconnaissance du désir. Ceci peut  être illustré par le rêve de la belle bouchère qui, en rêvant de caviar, rêve surtout d’avoir quelque chose de très loin de ses besoins, à la limite, d’avoir, enfin, rien, pour pouvoir encore et encore désirer.

Ce n'est vraiment qu'à la fin des Écrits, comme le dit  joliment Lacan dans son ouverture du recueil, que "se lève" l'objet a. Encore, ne le retrouve-t-on que peu, c'est à dire essentiellement dans Subversion du sujet - (1960) (p 825), comme contenant de l'agalma ( qu'il développera quelques mois plus tard au début de l'année 1961 dans le séminaire du Transfert) et p816, à propos de la formule du fantasme sujet barré <> a, formule définie alors comme reliant à un objet un moment de fading ou d'éclipse du sujet.

2-Dans les séminaires

Si on reprend la lecture des séminaires à la recherche de la première occurrence de l ' objet a, on ne trouve rien, bien sûr, dans les quatre premiers séminaires. Au début du 5 ème séminaire, le séminaire des FI, dans la première séance, le 6 novembre 57, lorsque Lacan résume les différentes étapes parcourues dans ses précédents séminaires, on a la surprise de  trouver cette phrase à propos du séminaire de l'année précédente, 56-57, la Relation d'Objet : "(13 FI) Dans la quatrième année de séminaire, j'ai voulu vous montrer qu'il n'y a pas d'objet, sinon métonymique, l'objet du désir étant l'objet du désir de l 'Autre, et le désir toujours désir d'Autre chose, très précisément de ce qui manque, a, l'objet perdu primordialement, en tant que Freud nous le montre comme étant toujours à retrouver." En fait, je ne suis pas arrivé à retrouver ceci énoncé comme tel en relisant ce séminaire RO, mais il semble  que cela autorise à considérer que, dés ce moment, pour Lacan, a, bien avant d'être inscrit dans l'algorithme du fantasme, peut être autre chose que  le petit autre semblable, et plus précisément représenter quelque chose de l'objet perdu freudien.

Quand J.Lacan introduit -t- il l'objet a ? Mme Faladé a eu l'occasion de nous le signaler lors de ses derniers séminaires : Lacan introduit cet objet lors du séminaire "Le Désir et son interprétation", qui s'est tenu de l'Automne 58 à l'été 59.

Cela n'est pas forcément connu. Un collègue avec qui j'évoquais cette question de la naissance de l'objet a, collègue pourtant lecteur averti de Lacan, situait cette naissance dans le séminaire L'Angoisse, c'est à dire 4 ans plus tard, en 63. Autre exemple de divergence : le dictionnaire de Mme Elisabeth Roudinesco qui situe l'apparition de l'objet a dans Subversion du sujet et Dialectique du désir, en 1960, et ne cite pas le séminaire DI.

Dès le début de ce séminaire Désir et Interprétation, que nous allons donc devoir suivre de prés, en novembre 1958, Lacan annonce que son but sera d ' " essayer de définir ce qu'est le fantasme, plus clairement que la tradition analytique  jusqu'ici n'est arrivée à le définir". ( P.18)

Dans cette tâche, il utilise, sans cesse, l'algorithme du  fantasme, à savoir S barré <> a, ce qui autorise à dire que c'est du a de cet algorithme que procède l'objet a.

  Faute de pouvoir faire l'histoire, qui serait bien trop longue, du cheminement de Lacan vers cet algorithme, et avant de regarder comment cet objet a émerge au cours de ce séminaire DI, il me semble utile de rappeler  quelques axes initiaux essentiels de l'élaboration lacanienne sur le sujet et le désir.

 On peut dire, me semble-t-il que, quasiment,  dés le stade du miroir, par exemple, l'accent est mis à la fois sur :

- un  rapport à une altérité fondatrice, qui peut s'incarner dans une figure parentale, altérité qui prendra, entre autres, les noms de petit autre imaginaire,  de Autre réel, de Autre de la parole, puis du langage.

- et un rapport à un  manque,  manque à être ou à avoir, analysé dans sa dimension imaginaire et symbolique, notamment avec la fonction phallique.

Au cours du séminaire sur le Moi, en 1955,  Lacan amène une première formalisation visant à situer  l'inconscient par rapport  à ces différents autres, petits et grand : le Schéma L, selon lequel le sujet, S, se voit en a, là où est son moi, lui-même établi par rapport à un autre, a', et ne sait pas véritablement ce qu'il dit, ce moi et ses relations imaginaires faisant écran à ce qui lui revient de A, lieu de la parole et de l'inconscient. (Le moi p 284)

                                (Es)S   _ __ _ _ _ a' (autre)   

 

                                (moi) a            (A)utre

La formalisation suivante concernant le sujet est celle de l'algorithme du fantasme dont l'élaboration doit nous retenir un instant, tant elle est grosse  de ce qui pourra conduire à l'objet a.


C - LE SEMINAIRE DES FORMATIONS DE L'INCONSCIENT ET L'ALGORITHME DU FANTASME.

C'est au cours du séminaire les FI, en 57-58, juste avant le séminaire DI, que Lacan établit  la formule S barré <> a, le 26 mars 1958 (303) Cette formule est avancée là de façon plutôt inattendue, parmi d'autres en rapport avec le désir, sans être définie, alors comme celle du fantasme.

  Il faut  noter que, le 8 janvier, soit environ 10 semaines avant l'introduction de cet algorithme, Lacan a, dans le schéma L, interverti a et a' (p157), faisant du a le petit autre (qui était auparavant a'). Il ne dit rien sur cette inversion, et ne semble même pas s'en apercevoir. Avait-il alors en tête, déjà, l'algorithme? Suggérons une autre hypothèse : formaliser le moi par un petit a, dans le schéma L, était une bonne façon de montrer le rôle majeur de cet autre dans la constitution du Moi. Dans les séminaires suivants, une fois le Moi bien défini , un nouveau travail s'engage autour de ce  petit autre, notamment sur sa fonction d'objet possible, pour un désir de plus en plus défini par rapport au Autre ; Il semble normal que ce petit autre soit représenté par un petit a, et que Lacan s'affranchisse, sans s'en préoccuper davantage, du a' du schéma L qui a terminé son rôle pédagogique,

Ce qui est nouveau alors dans l'algorithme S barré<>a, ce n'est donc pas le a, mais la barre, cette barre  posée  sur le sujet . Le poinçon qui  articule ce sujet , dorénavant barré, avec a. n'est qu'une nouveauté formelle qui maintient ce sujet nouvellement  formalisé, le sujet de l'inconscient, dans un rapport quadratique avec un petit a, comme dans  le schéma L, symbolisé par les quatre côtés du poinçon.

 Lacan   situe bien cet algorithme dans le prolongement du schéma L lorsqu'il dit p316: " ce nouveau petit symbole losangique implique simplement - c'est là tout son sens- que tout ce dont il s'agit ici est commandé par ce rapport quadratique que nous avons mis toujours au fondement de notre articulation du problème, et qui dit qu'il n'y a  pas de S barré concevable - ni articulable, ni possible - qui ne se soutient du rapport ternaire A, a', a..".

 Hormis l'introduction de la barre, nous sommes clairement dans la continuité du schéma L.

 Dans cette continuité, le  a est un petit autre imaginaire, comme en témoigne ce fragment  d'explication: 439 FI: "   Quand je l'inscris comme cela, S barré<>a, rapport du sujet au petit autre, c'est à dire au semblable, à l'autre imaginaire.." en Juin 58.

Par rapport au schéma L, l'introduction de cette barre matérialise une élaboration en cours depuis un certain temps sur le sujet et sa constitution au champ de l ' Autre, autrement dit sa soumission au signifiant. C'est peut-être cette barre, et cette disposition sur une seule ligne, qui vont aider, ou provoquer, comment savoir?  une évolution de la nature de ce a si clairement articulé à un sujet totalement lié au registre signifiant, et, en tant que tel, éminemment sujet à effacement.  Ce a se trouve, dés lors devoir prendre en charge, en quelque sorte, certaines difficultés liées au statut de ce sujet, telles que la question de l ' être de sujet.

Ce qui peut nous retenir encore, c'est la présence, dans le contexte immédiat des explications que Lacan donne sur cette barre et son sens par rapport au phallus, de la question de la jouissance, dont il a annoncé dans le séminaire précédent du 5 Mars 58 vouloir, dans son rapport au désir, "donner le premier gramme." Ce "premier gramme" nous indique bien que nous sommes là devant une des toutes premières occurrences de ce concept de jouissance.( L'index référentiel du séminaire de J Lacan de Henry Krutzen,  n ' en mentionne que deux autres, succinctes, dans le séminaire antérieur, celui de la Relation d ' Objet.)  Il me semble intéressant de noter la mention nouvelle, explicite, de  ce concept dans ce contexte précis, et d'une façon plus générale dans ce séminaire des FI qui a amené le signifiant du désir, le signifiant phallique. La mention de ce concept de jouissance élargit  la question du désir au delà de ce signifiant, et ceci en ces termes: (313) " A tout jamais , le désir humain restera irréductible à aucune réduction et adaptation . Aucune expérience n'ira là contre. Le sujet ne satisfait pas seulement un désir, il jouit de désirer et c'est une dimension essentielle de sa jouissance". Cet espace de jouissance apparaît donc là, dés la création de l ' algorithme S barré <> a, bien avant que l ' objet a, qui sera issu de cet algorithme,  en donne une certaine formalisation. C' est très souvent ainsi que Lacan, me semble-t-il, progresse dans son élaboration théorique, point par point, jusqu'à quelques convergences qui apparaissent plus tard, la plupart du temps sans souligner la nouveauté de ce qu’il  apporte, ni ses revirements éventuels, sauf rares exceptions, dont je vous ai donné un exemple à propos de la reconnaissance du désir, dans la Direction de la cure.

 Lacan amène aussi, pour la première fois, dans ces formules du désir, à  côté du S barré<>a,  i(a)  en relation avec m, le moi. Ce i(a) introduit une  formalisation nouvelle de quelque chose qui n'est pas vraiment nouveau, l'image de l'autre; le lien i(a)-m sur le graphe du désir  est en fait l ' axe a - a' du schéma L (cf définition);  on peut  remarquer que  séparer ce qui était auparavant, confondu, autre et image de l'autre, a et i(a), laisse a disponible pour formaliser quelque chose de nouveau. Est-ce trop s'avancer que de suggérer que ce a libre, qui a représenté le moi dans le schéma L,  mais aussi l'autre, semble tout naturellement appelé à repérer quelque chose qui est aussi bien en lien avec l'altérité que l'intime du sujet? Avant d'arriver à ce point là, pendant longtemps,  jusqu'à un certain moment que nous aurons  à identifier, Lacan utilisera  ce a comme un autre imaginaire.

Le 14 Mai 1958, (396) analysant les rapports du désir hystérique au désir de l'autre, Lacan utilise cette formule du S barré<>a à propos de Dora en termes d'identification imaginaire: " En face du désir, dit - il, elle soutient à cette place un certain rapport à l'autre, alors imaginaire, indiqué par S barré <>a ", formule qu'il n ' a pas encore définie  comme celle du fantasme. L'autre imaginaire mentionné est, bien sûr  Mr K  à qui Dora s ' identifie.

Il utilise ensuite cette même formule pour montrer qu'il se passe autre chose dans le désir de l'obsessionnel et énonce ceci (403 FI) ( voir aussi 407): "L ' hystérique, rappelle -t - il, trouve l ' appui de son désir dans l'identification à l'autre imaginaire. Ce qui en tient la place et la fonction chez l'obsessionnel, c'est un objet, qui est toujours sous une forme voilée sans doute mais identifiable - réductible au signifiant phallus. "

C'est à dire qu'à propos du désir de l ' obsessionnel, pour la première fois, me semble-t-il, Lacan, dans l'utilisation de sa formule, place sous le  a  un objet , certes, qui a à voir avec le désir, mais qui n'est pas l'autre. Je me demande, en fait, si nous n' avons pas là,  

 - dans la référence à l ' altérité, dans le désir hystérique,

 - dans la référence au phallus par le désir obsessionnel,

deux des racines cliniques et théoriques essentielles, qui, après maintes élaborations intermédiaires, notamment avec la perversion, conduiront vers  l'objet a.

La racine de l'altérité ne fait aucun doute, tant elle est présente depuis si longtemps dans la réflexion de Lacan à propos du moi et du sujet. Elle trouve là cependant son illustration  à la fois dans la clinique et dans une  problématique désirante.

La racine en rapport avec la fonction phallique demanderait une plus ample démonstration dont les premiers éléments pourraient être fournis par les points de croisement que nous allons retrouver, dont celui - ci est le premier. Mais, il me semble que l'on pourrait dire aussi que le désir trouvant progressivement son signifiant dans le phallus, la question de son objet ne s ' en pose que plus clairement comme non résolue, à ce moment.

Cet exemple clinique fournit à Lacan la première occasion d'utiliser cette formule S barré<>a pour formaliser une problématique désirante, et c' est  juste après cette application  au désir de l'hystérique et de l'obsessionnel ,dans la séance de la semaine suivante, le 21 Mai 1958, que cette formule S barré <>a est présentée pour la première fois par Lacan comme celle du fantasme en ces termes: " Je crois qu'à cet endroit, S barré <>a, le schéma ici présenté (il s'agit vraisemblablement du graphe du désir qui ne figure pas dans le texte) nous ouvre la possibilité de situer et d'articuler la fonction du fantasme. Je vous demande de vous le représenter d'abord par un biais intuitif..."  


D - LE SEMINAIRE DESIR ET INTERPRETATION.

Au début du séminaire DI, Lacan dit s'être aperçu à quel point cette formule fait difficulté pour ses élèves et vouloir, pour cela, y revenir.

Au début de cette année 58-59, si Lacan tient tant au fantasme dans son étude du désir, c'est parce que le désir humain y est, selon lui, fixé, bien plus qu'à un objet; ce dont on pourrait  conclure que la formule est plus importante dans sa globalité que l'objet lui-même qui y est inclus, ce qui peut aider à comprendre que, même lorsque l'objet a aura été inventé, Lacan continuera à  utiliser parfois la formule du fantasme en gardant au a sa valeur de petit autre imaginaire.

Tout ceci exprime  la  complexité du désir, mais est, comme le rappelle Lacan, dans la droite ligne de la théorie freudienne qui, avec le principe de plaisir, met en avant la quête du plaisir, plus que celle de l ' objet.

Certains séminaires de "Désir et Interprétation" m'ont semblé plus importants, tels que ceux du 17 Décembre 58, du 7 Janvier 59, du 22 Avril, et du 13 et  20 Mai 1959. J' ai retenu comme étapes nous conduisant vers l'objet a, à côté d'amorces théoriques ou formelles fugaces, le rapport à l ' (A)autre, la barre comme effacement du sujet, l'objet fétiche,  Hamlet et l'objet du deuil.

 Tout comme dans le séminaire précédent des FI,

I - Au début de ce séminaire, le a de la formule désigne un autre, et non l'objet a.

Donnons en quelques exemples.

Lors de la séance d ' ouverture, définissant le fantasme comme " le lieu de référence  par où le désir a à apprendre à se situer", il dit à propos de l'algorithme: S barré, " c'est le sujet en tant que parlant, en tant qu'il se réfère à l'autre comme regard, à l'autre imaginaire. Chaque fois que vous aurez affaire à quelque chose qui est à proprement parler un fantasme, vous verrez qu'il est articulable dans ces termes de référence du sujet comme parlant à l'autre imaginaire." (p27)

Le a de l'algorithme renvoie donc toujours à un autre imaginaire, qui, certes intervient là aussi avec son regard, mais ce point de  la relation à l'autre a été retenu  dés le stade du miroir, et n'est donc pas vraiment nouveau. Il ne me semble pas qu'on puisse voir là vraiment mentionné le regard comme objet a, mais peut-être, seulement, tout au plus, un premier indice d ' une évolution à venir de sa pensée.

Ce a de l'algorithme conserve  son rapport au autre imaginaire dans les séminaires consacrés à l'analyse du rêve du père mort, analyse qui occupe approximativement le dernier trimestre 58. C'est, dans un premier temps, le rêve, en  effet, que Lacan choisit d'étudier, pour essayer d'explorer la nature du fantasme inconscient, restant en cela dans le sillage des premières évocations Freudiennes du fantasme, qu'il a lui-même signalées au cours du séminaire sur le Moi, évocations qui figurent dans  L'interprétation des Rêves, sous forme de questions non résolues sur la proximité, et la différence  des fantasmes inconscients avec  le  rêve.

Pour résumer, Lacan  montre que le sujet de ce rêve, le rêve du père mort, trouve son support dans la figure d'un autre, le père.

Mais, dans l'analyse de ce rêve, Lacan met aussi l'accent sur la disparition d'une partie de la phrase du rêveur, partie que Freud a dû rétablir; la phrase était: "son père ne savait pas qu'il était mort;  il manquait: selon son vœu."

II - C'est cette élision que Lacan retient comme ce qui situe le  sujet de l'inconscient,

 et le situe comme soumis au signifiant. Il est en cela proche de thèses énoncées l'année précédente sur ce qui donne valeur signifiante, à savoir l'effacement, formalisé par la barre sur le sujet: je cite: " (119)Il y a dans ce rapport du sujet au signifiant cette impasse essentielle.. qu'il n'y a pas d'autre signe du sujet que le signe de son abolition de sujet ."

Se trouve  là mis très fortement en avant, dans la formule du fantasme,  un lien entre le a et la disparition du sujet du fait de son inscription dans le registre du Autre, c'est à dire un lien entre a et la structure du Autre, et ce qu'il en résulte pour la constitution du sujet. Ce sujet de l'inconscient plus que jamais caractérisé par sa coupure, son évanouissement, son éclipse- tous ces termes sont utilisés par Lacan- semble bien appeler nécessairement un a qui ne soit pas exclusivement un petit autre imaginaire, qui puisse être de tout  autre nature, à condition qu'il soit apte à  pallier à l'élision du sujet, dans le fantasme, et qui soit en lien avec la structure langagière elle même responsable de cette coupure.

Autrement dit, il y a, dans la structure même de l'algorithme, amorce, pourrait-on dire, pour un a autrement conceptualisé. Je vous propose de faire le tour de quelques unes de ces amorces qui peuvent être retrouvées soit dans certains exemples d ' objets de désir évoqués par Lacan, au long du séminaire, soit dans certaines formulations, soit dans certaines propositions. Ce terme d'amorce semble convenir pour ces courtes évocations fugaces, qui ne sont pas développées sur le moment; je le retiens aussi d'autant plus volontiers qu'il est utilisé par Lacan à propos d'un exemple particulier d ' objet de désir.  

III - Amorces

C'est ainsi que Lacan évoque comme objets de désir la cassette de l'Avare, et différents objets en lien avec la métaphore anale, sans les qualifier cependant d'objets a, mais en situant ses propos à ce sujet comme une amorce. (124) Il évoque alors, le 17 Décembre 58, la rétention de l'objet,  dans cette dialectique de la cassette et de l'avare, en référence à la rétention de l'objet excrémentiel; Ces deux objets, la cassette (13 Mai 59), et les excréments, il les situera, à la fin du séminaire Désir et Interprétation , comme des objets a, évolution conceptuelle dont il y a là, en effet, amorce.

On peut voir une autre amorce d'une évolution conceptuelle du a vers son inscription dans le registre du réel, en remarquant comment, dés la première séance du séminaire DI, Lacan définit la libido comme l'énergie psychique du désir, et comme telle, c' est à dire comme toute énergie, relevant d'une conjonction du symbolique et du réel. (12).

Cette amorce se confirme le 7 Janvier, lorsque Lacan énonce que (130) " le désir est quelque chose qui ne peut se saisir et se comprendre … qu'au point le plus étroit où se nouent ensemble, pour l'homme, réel, imaginaire et  son sens symbolique, ce qui est précisément ce  que j'ai essayé de démontrer  ". Amorce d'un nouage à venir bien plus tard, encore, dans RSI, d'un nouage du réel, du symbolique, par l'objet a.

D'autres amorces théoriques peuvent être trouvées:

Par exemple dans la proposition de Lacan  de voir , dés le 17 Décembre ( 120-121) quelles "astuces" le sujet, pris dans la problématique du signifiant, utilise, quant à son désir, dans "la manipulation de l ' objet, du a dans la formule." On peut voir là l'annonce des manipulation sur le a que Lacan va se donner la liberté d'entreprendre jusqu'à en faire un nouveau concept.

Dans ce même séminaire, déjà, Lacan identifie le a de cette formule à quelque chose qui est toujours de l'ordre de l'imaginaire, mais qui est plus large que le petit autre, à savoir le narcissisme (p126  ) " le petit a, dit-il, nous allons enfin avoir l'occasion de (le) préciser dans son essence, dans sa fonction, à savoir la nature essentielle de l'objet humain, en tant que… marqué, comme tout objet humain, d'une structure narcissique." Ce transfert narcissique du sujet vers l'objet est loin d'être nouveau, ce qui est nouveau  c'est ce qui tient à l ' algorithme, où a représente l'objet, et devient donc, en  quelque sorte vecteur narcissique; sans être un petit autre ; a a valeur narcissique. On peut voir se profiler là la fonction future d'un objet a défini comme non spéculaire, bien que  touchant au narcissisme du sujet.

Il est d'autres amorces qui sont d'un ordre plus formel, qu'on peut repérer dans certaines formulations qui sont des transitions vers le concept objet a.

Ainsi, dés le séminaire du 17 décembre 58, p ex, ( 113):

"Cette formule, je veux dire cet algorithme,  le S barré, affronté, mis en présence, mis en face de a, de l'objet ( et nous l'avons introduite à ce propos dans ces images du rêve, et du sens qui nous y est révélé) ,... va pouvoir nous mener ensemble dans le chemin d'une interrogation qui est celle de notre expérience commune, de notre expérience d ' analystes" .

 Nous n'avons pas l'objet a, mais l'expression "a, l'objet". Mais ce a, si on s'en tient à l'allusion à la référence à l'analyse du rêve du père mort, est encore plus prés du  petit autre que de l'objet a proprement dit.

 L 'expression "objet a" figure toutefois dans ce même séminaire du 17 Décembre 58. Lacan l'utilise à propos de l ' évanouissement du sujet qui semble se produire dans le désir, dans ce qu'un  auditeur de Lacan a appelé " ombilication du sujet sur son vouloir", image que Lacan retient pour dire qu'elle illustre ce qu'il  a voulu nous faire sentir, je cite: " autour du S barré en présence de l'objet a."  Nous avons donc l'expression "objet a" que Lacan utilise là en rapprochant l'image d ' ombilication sur un vouloir, proposée par cet auditeur, de ce qui se passe dans le rêve, toujours à propos du rêve du père mort. Cela ne l'amène pas à envisager l'ombilic du rêve, comme  on aurait pu s'y attendre, avec la question du Réel, évoquée, sur ce point, un jour, pour nous, par B. Mary, mais au rêve en général,  où se démontre à nouveau l ' évanouissement du sujet puisque l'auteur du rêve se définit, s'appelle lui-même l'inconnu. Ce a là signale plutôt la disparition du sujet sous la figure d ' un inconnu.

Dans la suite du même séminaire, viennent les expressions: "le petit a  de notre algorithme", le "a dans la formule", "affrontement du S barré avec le a de l'objet"," l'affrontement de S barré avec petit a", expressions qui jalonnent ces manipulations annoncées du a .

Au delà de toutes ces transitions, deux objets me semblent devoir être retenus sur le chemin de Lacan vers l'objet a: l'objet fétiche et l'objet du deuil.

IV - L'objet fétiche

Le 11 Février, Lacan , dans sa façon de reprendre l ' observation d'un patient dont Ella Sharpe analyse longuement un rêve, se montre soucieux d'articuler, en termes de signifiants ( p 245 et 243), ce S barré et ce a  en reprenant sa formule déjà avancée le 7 Décembre 58 (127) et non commentée alors. En essayant de ne pas trop entrer dans les détails de cette longue analyse, je retiendrai cette formule car elle est, je crois, la première, à opposer, sur une même ligne, i(a) et a , incitant ainsi à les distinguer. Et, pour la première fois aussi, ce a  là ne représente pas un autre, mais un objet.   

Dans cette formule, à propos de ce patient, " le a , c'est les courroies, ou les lanières" . Ces lanières, je vous le rappelle, sont à la fois celles qui retiennent la capote de sa voiture, objet de désir, dit le patient lui-même, et celles qu'il coupait sur les sandales de sa sœur, de huit ans plus âgée et à laquelle  le lie un certain " rapport d'aliénation imaginaire de lui-même." (246)

Le i(a), l ' image de l'autre, c'est sa sœur, "substituable au sujet" (243)" dans sa passion jalouse", image elle-même en rapport avec un objet qui est le a de la formule, " objet substituable à une totalité, le I, qui à voir avec L'Idéal du Moi ( 127 - 17 Décembre) qui est là remplacé par un X. Dés le début de la séance suivante (4 Mars 59), ce X sera désigné  comme étant le phallus que" le sujet ne veut pas dénier à la mère",  les lanières, que le sujet, par ailleurs, collectionne, étant prises alors, peut-on penser, à la lecture des premières lignes du séminaire du 4 Mars 59,comme exemple d'objet fétiche . C'est donc un objet fétiche que le a semble  représenter dans cette utilisation de l ' algorithme, même si Lacan ne le dit pas de façon aussi explicite, ce qui nous autoriserait, pour ce qu'il en est des sources cliniques de l ' objet a, à ajouter, à l'hystérie et la névrose obsessionnelle, le fétichisme, voire la perversion en général à laquelle Lacan fait souvent référence pour rappeler ce que le désir pervers a d 'exemplairement étranger à tout besoin, à toute adéquation. A la fin du séminaire DI, Lacan réutilise la perversion, en particulier, le voyeurisme, comme une situation clinique qui donne un exemple de ce à quoi peut se réduire le sujet: à une fente, évoquant la barre sur le sujet, fente par laquelle le voyeur observe son objet.

Dans la relation d'Objet, (p119) déjà, Lacan avait  rapproché le fantasme, dans ce qu'il a d'instantané ( FF), du souvenir écran, arrêté en un point, et de la clinique de l'objet fétiche, objet qui ramène toujours à un souvenir où, enfant, le sujet s'est arrêté à une observation, par exemple , celle du bord de la robe de la mère, pas plus haut que le bord de la chaussure devenue objet fétiche, parce que désignant au delà un autre objet:  qui est le phallus.

Notons que l ' expression "objet a" ne figure pas dans ces séminaires de commentaire sur le patient d'Ella Sharp; Lacan dit seulement, par exemple, comme je vous l'ai dit: "les lanières, c'est le a."

 Mais ce a là s'installe entre i(a) et le phallus, creusant, entre cette instance liée au narcissisme, et le phallus, en lien avec le désir, la place de l'objet a à venir.

En Mars 59, cet objet a n'est toujours pas né ("même si on parle de lui.") lorsque Lacan aborde l'objet du deuil à travers la tragédie d ' Hamlet., à  laquelle il consacre environ six semaines, jusqu'à la fin du mois d ' Avril.

V -  Hamlet

Une des premières allusions à a dans cette analyse d'Hamlet, est formulée par Lacan à propos de la scène de l ' enterrement d ' Ophélie, sous cette forme:

(291)" C'est dans la mesure où quelque chose, S barré, est là dans un certain rapport avec a, qu'Hamlet fait tout d'un coup cette identification qui lui fait retrouver pour la première fois son désir dans sa totalité."

 Nous sommes le 11 Mars 59.

 Ceci semble pouvoir se comprendre si on le situe dans un contexte d'identification, qui est bien indiqué par Lacan:  à propos d Hamlet criant en se jetant dans la tombe d ' Ophélie: (p290).Cette identification se ferait donc par rapport à Laërte, et le a est encore un petit autre, Laërte en l'occurrence.

Son analyse part de cette scène du cimetière: je cite: p314 ( 18 mars 59):"C'est par la voie du deuil assumé dans le même rapport narcissique qu'il y a entre le moi et l'image de l'autre; c' est en fonction de ce que lui représente tout d'un coup dans un autre ce rapport d'un sujet passionnel d'un sujet avec un objet ..que ce niveau peut tout d'un coup être rétabli qui, de lui, pour un court instant, va faire un homme.".

C'est donc en voyant Laërte , qu'il admire, qui est en quelque sorte son double narcissique, pleurer si ouvertement la mort de sa sœur, crier son deuil, que Hamlet peut mettre Ophélie en position d'objet du deuil pour lui aussi, alors qu'il n'avait jusqu'alors fait aucun cas de son décès. Ce moment où, enfin, Hamlet peut pleurer la mort d ' Ophélie, c'est le moment  "où , selon Lacan, il peut ressaisir son désir." Il pourra ensuite, ce dont il était incapable auparavant, exécuter sa tâche et tuer le roi, assassin de son père.

Ophélie est , dans l'algorithme du fantasme, située par Lacan, "au niveau  de la lettre a (339) ( 15 Avril)"; cette expression "lettre a" vaut peut-être d ' être notée là comme quelque chose qui accentue très nettement la distance entre ce a et le petit autre. . En même temps cet accent mis sur la lettre peut être repéré comme indice d'un glissement qui va se confirmer de a vers les franges du symbolique et du Réel.

Cet objet a, dans le fantasme ( p 342) ( 15 Avril), est alors défini  par Lacan comme "prenant la place de ce dont le sujet est privé symboliquement". C'est à dire, je cite, que "c'est du phallus que l'objet prend cette fonction qu'il a dans le fantasme". ( P 359 - 22 Avril) et "C'est parce que quelque chose vient prendre la place de ça, (cette livre de chair engagée dans son rapport au signifiant) que ce quelque chose devient objet dans le désir."

Le phallus, c' est, selon Lacan, ce qu'a été Ophélie, dans ce temps où Hamlet l'agressait de ses sarcasmes, ne la traitait pas comme une femme (351) mais comme une porteuse d'enfant, "support d'une vie", et comme telle condamnée par Hamlet., et rejetée.

Pour Lacan, dans l'expérience du deuil, qui inclut un rapport d'identification, se produit quelque chose qui s'apparente à la psychose. Il s'agit d'une perte qui fait  trou dans le réel (368)( 22 Avril), qui réveille le deuil du phallus (381)( 29 Avril) qui est une "exigence narcissique du sujet". Tout ceci prouve, s'il en est encore besoin, combien la place de a s'élabore par rapport à la fonction phallique.

Peut - on dire que ce parallèle entre deuil en général (dû à une perte d'objet dans le réel, perte faisant trou dans ce réel ), avec le deuil narcissique de la castration le conduit à envisager, en lien avec ce qui se joue au plan  de la castration, quelque chose qui, sans être la castration elle-même, a à voir avec une perte dans le réel.? Lacan ne dit rien de tel, mais c'est après cette étude en parallèle de l'objet du deuil et de la castration qu'il amène, je crois, ce que nous appelons maintenant l'objet a. Il y a pourtant, certes, un paradoxe, que souligne Lacan (370 - 22 Avril), à rapprocher , pour une étude de la relation d'objet, fantasme et deuil . Mais il voit là, dans Hamlet, quelque chose qui lui permet de "mieux saisir, je cite, l'économie ici étroitement liée du réel, de l'imaginaire et du symbolique." C'est bien à ce point de liaison de ces trois registres que sera l'objet a qui n'est pas loin d'apparaître.

En même temps qu'il étudie l'objet du deuil, Lacan précise ce qu'il en est de l'objet du désir dans son algorithme du fantasme, et ceci, encore, par rapport au phallus (359) en disant: "Approchons de plus prés. S barré <> a comme tel signifie ceci: c'est en tant que le sujet est privé de quelque chose de lui-même qui a pris valeur du signifiant même de son aliénation, (ce quelque chose c'est le phallus); c'est en tant donc que le sujet est privé de quelque chose qui tient à sa vie même, parce que ceci a pris valeur de ce qui le rattache au signifiant; c'est en tant qu'il est dans cette position qu'un objet particulier devient objet de désir." On voit donc là bien clairement se dessiner, à côté du phallus, une fois celui-ci bien inscrit, ceci est essentiel, une place pour un objet du désir. C'est à dire qu'il faut que la castration ait joué; il faut qu'il y ait eu" ce sacrifice de lui même, cette livre de chair engagée dans son rapport au signifiant; C'est parce que quelque chose vient prendre la place de ça, que ce quelque chose devient objet dans le désir." Il résume ceci le 12 Mai, en disant (405):" Le a, j'ai dit que c' était l'effet de la castration. Je n'ai pas dit que c'était l'objet de la castration. Cet objet de la castration nous l ' appelons le phallus." Voilà établies les positions, l’une par rapport à l’autre, du phallus et de l’objet a.

Dans les propos qui suivent immédiatement,  à propos de l ' organisation du tournoi final, Lacan qualifie d ' "objets a", entre autres, les chevaux de Barbarie que Hamlet a gagés avec Laërte, objets " qui se caractérisent, dit-il, là avec tout leur éclat...C'est l'accumulation de tous les objets de prix qui sont là et mis en balance en face de la mort".

Mais, s'ils sont appelés objets a, la définition, le statut que leur donne Lacan émane essentiellement encore du stade du miroir, auquel Lacan se réfère expressément alors. Laërte, en effet, est le semblable d ' Hamlet qui l'admire, dit Lacan qui ajoute; " ...il n'en devient que plus significatif qu'à ce paroxysme de l'absorption imaginaire formellement articulée comme une relation spéculaire, une réaction en miroir, ce soit là qu'est situé par le dramaturge également le point manifeste de l'agressivité." ( 362)

Et c'est pour cet autre, qui est aussi un Idéal du moi que Hamlet veut gagner ces chevaux de Barbarie.

Si cet exemple peut être, cependant, jugé compatible  avec le concept d'objet a tel que nous le connaissons, la définition théorique de celui-ci n '  pas encore été donnée; elle sera établie dés le séminaire de la semaine suivante.

VI - La  naissance de l'objet a: 13 et 20 mai 1959.

Si on devait situer  plus précisément le moment ou Lacan donne vraiment les premiers éléments de la  définition de ce que nous connaissons maintenant sous le nom d'objet a, c'est  ce séminaire du 13 Mai qui serait à retenir, ainsi que le suivant du 20 Mai où il commence à  énumérer les différents objets a qui nous sont maintenant familiers.

 Lacan ouvre ce séminaire après une interruption , plutôt inhabituelle de 15 jours, alors que le plus souvent, les séminaires se suivent de semaine en semaine, et il annonce avoir essayé pendant ce laps de temps, de recentrer son chemin, en essayant  de rester au rendez-vous de " notre fonction d'analyste et du sens de l'analyse". Cette interruption un peu plus longue que d'habitude, et cet effort de recentrage vont en effet amener quelque chose de nouveau.

Ce mois de Mai 59 est, me semble-t-il clairement celui de la naissance de l'objet a. J'en prendrai pour preuve cette phrase du 13 Mai: " Vous m'avez déjà entendu articuler les choses assez loin pour n'être point, je pense étonnés, déroutés ni surpris, si j'avance que l'objet a se définit  d'abord comme le support que le sujet se donne pour autant qu'il défaille"; L ' expression objet a est bien là, et nous allons  voir plus exactement ce qu'elle désigne. Ce qui est certain, c'est son lien avec le Réel, énoncé pour la première fois sous cette forme:

 Le 13 Mai 1959: (p405): " ...sur le plan  de l'inconscient, a (qui), lui, n'est pas un symbole, (qui) est un élément réel  du sujet, a est ce qui intervient pour supporter ce moment,  au sens synchronique, où le sujet défaille pour se désigner au niveau d'une instance qui, justement, est celle du désir." Lacan ajoute: " Je sais ce que peut avoir de fatigant pour vous la gymnastique mentale d'une articulation portée à ce niveau..."

Au cours de ces deux premiers séminaire de Mai 59, on peut dire qu'il essaie d'expliquer au mieux ce qu'il  avance là  sur cet objet a, notamment en se servant d'un schéma qui est celui d'une division, mais qui n'est pas encore tout à fait le même que celui auquel nous sommes maintenant accoutumés de la division du sujet, avec le a comme reste. Ce schéma de Mai 59 n'en est cependant pas très loin et constitue bien en cela un argument sur lequel on peut s'appuyer pour situer dés cette époque la présence de cet objet a.

Il me semble intéressant de reprendre l'articulation qu'établit, à ce moment Lacan, entre le sujet et l'objet a.

 Sa démonstration  se fait à partir d'une division qui commence en opposant le grand Autre et la demande de l'enfant, de celui qui entre dans le langage; la démonstration de ce qui se passe alors ne peut que se faire selon un processus diachronique, en schématisant des étapes successives, mais ce que Lacan veut souligner, c'est une fonction diachronique de ce petit a.

En reprenant les formulations de ce mois de Mai 59, on peut résumer de cette façon: une demande est adressée sous une forme parlée plus ou moins élaborée par l'enfant à un Autre réel, père ou mère par exemple, Autre réel mais aussi Autre sujet, sujet du langage, dans lequel il est inscrit depuis longtemps. La réponse de ce grand Autre donne à cette demande sa valeur signifiante, qui en fait autre chose qu'un besoin à satisfaire. Cette valeur signifiante peut-être réduite à des éléments simples, demande de présence par exemple, à opposer à son négatif, l'absence. De cette façon le Autre, lui-même sujet du langage, en donnant une première valeur symbolique, signifiante, à cette demande introduit, du même coup celui qui la lui adresse, à cette dimension de grand Autre en tant que dimension du langage. Introduisant l'enfant à cette dimension signifiante, il le subjective, il l'introduit à sa dimension de sujet ( C'est en tout cas ainsi que je comprends 409). Il n'est pas encore Sujet barré mais  sujet S,  qui s'articule  "est-ce" et qui peut  aussi être identifié au " Es de la formule topique (415) que Freud donne du sujet, c' à d le Ca."

 Il devient ensuite S barré, lorsque reposant sa demande au champ de l ' Autre, se saisissant de la, parole à laquelle il a été introduit, il fait alors l'expérience d'un manque du Autre pour lui répondre sur ce qu'il est et ce qu'il veut ; il se trouve donc directement affecté par ce manque . Découvrant que le Autre est barré, il se trouve affecté par cette barre; il devient sujet barré. . Ce sujet barré, barré puisqu'il a perçu  ce manque  du Grand Autre, cherche en quelque sorte une garantie à ce niveau, un soutien, face à ce manque. Mais ce manque est inhérent au grand Autre, à ce registre des signifiants, où, en particulier, n'existe aucun signifiant pour le désigner lui .  C'est ce défaut du grand Autre qui introduit cette défaillance du sujet, dont la barre est le signe. La structure du grand Autre fait que la demande que le sujet lui adresse sur ce qui le touche au plus prés, dans son désir d'être et d'avoir, ne peut que rencontrer un manque; ce manque introduit lui-même une tension réelle du sujet; c'est cette tension, qui est celle même du désir que le a représente ( 410), exprime, on ne sait quel terme employer  pour être au plus juste de ce qui se joue là aux limites du symbolique, et de l'imaginaire; les termes que je viens de citer sont ceux utilisés alors par Lacan.

Le a, à  ce moment là, est donc ce qui reste, je cite:" en marge de (410) toutes (les) demandes, et qu'aucune demande ne peut épuiser." Ce a, Lacan le qualifie de " terme opaque (411) , obscur, en tant que terme participant d'un rien auquel il se réduit ." Il n ' a rien à voir avec un objet de désir qui serait lié à des phases de maturation génétique, oral, anal, génital, etc.   Ce n'est pas non plus "seulement l'objet primitif de l'impression primordiale"  Il est pris dans une "dialectique" qui est inhérente à "la nature même du désir." (411).

Face à ce vide, pour "suppléer à ce signifiant manquant" (417), là où il se pose la question de ce(416)" qu'il est vraiment, et de ce qu'il veut vraiment", le sujet va mettre en place le fantasme. Le fantasme  permet de  poser a en face de ce sujet pris dans un moment de fading, de lui offrir une forme de suppléance  qui vient le soutenir dans ce temps de "syncope de son existence."(418)

Certes ce a peut être pris dans le registre imaginaire, dans ce qui lie le sujet, sur ce plan là, à un petit autre, qu'on peut imaginer objet de désir, d'amour, ou d'identification. par  exemple.

Mais ce a peut être autre chose, ce peut être l'objet a qui viendra comme une autre tentative de réponse au plus prés de la question posée par la formule topique de Freud, déjà évoquée: "Là ou était le ça, c à d là où ca parle, dit Lacan, le Je doit advenir." Dans le fantasme qui s'élabore comme tentative de réponse, cet objet a peut être défini comme un élément dont la fonction est essentiellement synchronique, c'est à dire dont la  place est déterminée par la vacillation du sujet devant l ' impossibilité de se nommer (417); à cette place, déterminée par la structure du Autre et la position du sujet au champ de ce grand Autre, cet objet a offre un appui au sujet; cet appui n'est plus imaginaire, mais de l'ordre du réel (418); en tant que tel, il a à voir avec l'être du sujet, et les coupures, elles mêmes réelles qui l'affectent.

C'est ainsi que dés le 20 Mai 1959, Lacan énumère comme formes d'objet a (423):

- en rapport avec ce qui est habituellement appelé objet prégénital: le mamelon, " cette partie du sein, dit-il, que le sujet peut tenir dans son orifice buccal, et aussi ce dont il est séparé". Il cite aussi l'excrément, tous ces objets "spécialement exemplaires, (parce que) manifestant dans la forme la structure de la coupure" et, en tant que tels aptes à soutenir le sujet dans la coupure qu'il subit du fait du signifiant.

- Il en va de même pour des marques qui peuvent êtres infligées au cours de rites d'initiation sous formes de coupures mutilantes.

- Enfin, dés cette époque, Lacan identifie comme objets a les hallucinations auditives du délire psychotique.

Avant la fin de ce séminaire, Lacan aura formulé (l3 Juin) que le a, ce peut être aussi le désir de l 'Autre, ce qui se conçoit assez aisément vu la fonction synchronique qui lui est attribuée face au manque du grand Autre. Le 1er  Juillet 59, dernière séance du séminaire DI, Lacan énonce que « le a, l’objet du désir, dans sa nature, est un résidu, un reste. Il est le résidu que laisse l’être auquel le sujet parlant est confronté comme tel, à toute demande possible . Et c’est par là que l’objet rejoint le réel  », ce réel se présentant justement « comme ce qui résiste à la demande », ce que Lacan nommera « l’inexorable, qui est cette forme de réel qui se présente en ceci qu’il revient toujours à la même place ».  

 Objet du désir de l’Autre, reste, réel, coupure, ces formulations venant s'ajouter à l'énumération précédente de quelques unes des formes de l ' objet a, je pense que vous conviendrez aisément avec moi que, dés ce séminaire, peu avant l'été 59, ce concept de l'objet a est né.

Curieusement, Lacan ne le remettra au centre de ses élaborations théoriques que quatre années plus tard en 62-63, dans le séminaire l'Angoisse , et ne l'évoquera, entre temps, que dans certains des derniers textes des Écrits que nous avons cités, et dans le séminaire du Transfert, à propos de l ' agalma.

Mais, avant ces séminaires, c’est à dire juste après le séminaire du Désir et son Interprétation, il y a le séminaire sur l’Éthique de la psychanalyse avec la naissance du concept de la Chose, qui, maintenant, peut apparaître, me semble-t-il, dans le prolongement direct de ces premières élaborations sur l’objet a et  son rapport au Réel .


CONCLUSION

Bien sûr, je n'ai pu vous offrir là qu'une lecture parmi d'autres, ma lecture, et qui plus est ma lecture actuelle du cheminement de Lacan dans la période la plus proche de la naissance de cet objet a concept qu'il s'agissait , aujourd'hui, d'essayer de situer dans le temps, son contexte, et ses modalités.

Vous m'avez vu souvent situé cette progressive élaboration du concept objet a par rapport au phallus; ceci demanderait en soi tout un développement qui justifierait tout un autre travail, et peut  apparaître d'emblée justifié par le rapport étroit, et pourtant différent, de ces deux entités au désir. Au delà de cette question du désir, la question même de l'être a été, un temps, travaillée par Lacan autour du phallus, en parallèle avec la question de l'avoir. J'en prendrai pour preuve cette phrase énoncée le 11 février 59 (p 235): " Si le phallus a un rapport avec quelque chose, c'est bien plutôt avec l'être du sujet " . Mais c'est d'une façon nouvelle, par rapport au phallus, que la question de l'être du sujet sera théorisée avec l'objet a.

Nous avons commencé cet examen  au moment où Lacan met en place l'algorithme du fantasme parce que c'est de tout le travail qu'il fait autour de cette formule au cours du séminaire Désir et Interprétation que sort à un moment l'objet a.

Cette formalisation a joué un grand rôle, en mettant face à face le sujet barré et un petit a. Cette  formalisation S barré <>a concrétise la question de Lacan sur ce qu'il en est de  l ' objet dans le désir face à un sujet marqué du  signifiant. Ce rapport, inscrit sur une seule ligne, visualise la réciprocité qui lie ces deux entités, ce que ne permettait pas le schéma L. Cet algorithme condense, dés son départ,  en lui même une avancée théorique dans laquelle, le sujet , plus que jamais soumis au registre d'un Autre frappé d'un manque, est lui-même caractérisé par son propre évanouissement. Le a, dés lors, dans le fantasme, devient un appui, dont la nature, grâce au jeu permis par la formule,  peut être interrogée successivement sur différents champs, au delà de l'imaginaire, vers la structure du langage, et le réel.

Mais le cheminement vers  l ' objet a, dont nous avons essayé d ' observer les toutes dernières étapes, ne commence pas  avec l'algorithme, même s'il est issu de celui-ci..

Une étude de la préhistoire de l'objet a devrait  inclure une étude de toutes les conceptualisations antérieures: comment Lacan est-il arrivé au schéma L, et à l'algorithme du  fantasme, pour ne prendre que quelques étapes essentielles d'une élaboration progressive d'une théorie du sujet, dans laquelle l'objet a vient prendre une place essentielle, une fois élaboré. Essentielle, ne serait-ce me semble-t-il que comme ancrage de l’être du sujet dans le Réel. Mais ce serait un autre travail que d’étudier la place de l’objet a dans l’ensemble de l’édifice théorique lacanien.

 Nous ne  nous  sommes intéressés qu'à un tout petit bout de l'histoire de l'objet a: à l'objet a statu nascendi. J'espère vous avoir démontré que, au début du séminaire Désir et Interprétation, l'objet a n'est pas né, et que, par contre, lorsque ce séminaire se clôt, le  1er juillet 59, cet objet est apparu, dans sa première conceptualisation.

Si on s'en réfère au séminaire de L ' Objet de la psychanalyse du janvier 66,( p128) il y a , énoncée par Lacan,  de i(a) à l'objet  a une continuité telle qu'il nous invite à examiner, rétrospectivement ce qui de l'objet a peut être retrouvé dans i(a). Dans ce même séminaire, Lacan dit  de cet algèbre dans sa théorie qu'il a l'utilité d'un fil d'or permettant de suivre les premiers pas de sa démarche, depuis le stade du miroir et la fonction du narcissisme, jusqu'à cet objet dont il dit qu'il "est de l'ordre du réel".

 Essayer de faire l'histoire du concept objet a, ce serait, sans doute, essayer de suivre, dans ses tours et détours pas toujours signalés, loin s'en faut, par Lacan, et bien plus loin que nous ne l'avons fait, ce fil d'or.

C'est un travail qui reste à faire.

      Jean Thiriat                                                                                                               . . .           

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